Publié par : Marie | 22 février 2013

Fusionnelle, moi ?

Eh non, ceci n’est pas un article sur l’allaitement 🙂 Bien que je continue à allaiter M, mais il n’y a pas grand-chose à en dire, à part le fait qu’elle est complètement sevrée… du lait en poudre.

Quand j’étais petite, mes parents, et en particulier mon père, étaient considérés par beaucoup de leurs amis et familles comme très fusionnels avec moi. Parfois trop. Par exemple, lors des nombreux déjeuners et dîners avec beaucoup de gens auxquels nous avons assisté dans mon enfance (mariages, réunions associatives, etc.), nous avons toujours évité autant que possible les « tables des enfants ». Je détestais ça et exigeais de rester avec mes parents, qui étaient je pense assez heureux de me garder auprès d’eux. Très souvent, les déjeuners et dîners en question étaient interminables, alors je prenais un livre et lisais tranquillement entre les plats tandis que les adultes discutaient.

J’ai un très mauvais souvenir des rares fois où j’ai été exilée à la « table des enfants ». La nourriture se résumait généralement à un « menu enfant » très fade, avec abondance de boissons sucrées (et je ne buvais que de l’eau). Les autres enfants profitaient de l’absence de leurs parents pour manger très salement, dire des méchancetés, faire des bêtises diverses, s’en prendre les uns aux autres. J’avais la nette impression qu’on m’abandonnait avec des gens pas très gentils, potentiellement agressifs, alors que je n’avais rien fait de mal ! Je ne jouais pas beaucoup avec les autres enfants. J’étais sans doute déjà l’emmerdeuse sociale que je suis aujourd’hui, qui ne boit pas beaucoup, n’aime pas spécialement faire la fête et a du mal à s’intégrer dans des groupes 🙂

J’ai repensé à ça récemment. Mon mari et moi avions été invités à un dîner « des jeunes couples ». Nous nous étions inscrits et nous réjouissions d’y aller, jusqu’à ce que nous comprenions ce qui était certainement évident pour les organisateurs : « couple » n’inclut pas forcément les enfants. Voire, cela signifie « sans les enfants ». L’organisation en dîner placé à des tables de 10 corroborait cette hypothèse… Finalement nous n’y sommes pas allés. Pour moi, une occasion sociale sans M, surtout un week-end… ça m’intéresse beaucoup moins.

Ce n’est pas seulement parce qu’il faut la faire garder et que ça demande de l’organisation et un peu d’argent. Je me dis que nous la voyons si peu pendant la semaine, avec nos horaires de travail, qu’il faut profiter des week-ends. Et j’aime passer du temps avec ma fille. Elle est vive, intelligente, drôle, gentille. C’est très agréable de passer du temps avec elle, et elle nous a prouvé que nous pouvons l’emmener quasiment partout (l’exception étant les spectacles : théâtre, concert, opéra, cinéma).

Nous sommes allés à un autre dîner il y a quelques semaines, qui cette fois-ci accueillait volontiers les familles. Une garderie était organisée pour les enfants. La dame qui s’en occupait nous a dit, toute désolée : « Ah, votre fille est encore un peu petite, ça va être compliqué de la confier à la garderie ». Mais nous n’avions pas pensé une seconde la laisser à la garderie ! De toute manière, laisser M abruptement avec des gens nombreux et inconnus est le meilleur moyen de la terrifier. Et elle nous a montré qu’elle peut être extrêmement combative sous l’effet de la peur, la douleur ou la colère — le personnel médical qui a été amené à l’examiner peut en témoigner 🙂 Je pense que, si nous avions tenté la garderie, la gentille dame nous aurait ramené cinq minutes plus tard une petite fille toute rouge, hurlante, sanglotante, qui se débat ! Et ça me semble une réaction normale pour une si petite fille dans un contexte inconnu.

Pourtant je ne pense pas que nous soyons spécialement angoissés ou surprotecteurs. M fait du toboggan, va aux bébés nageurs, passe 10 heures par jour avec sa nounou sans nous, nous ne l’avons jamais mise dans un parc, elle déambule librement dans un appartement où il y a des coins de table, des appareils électroménagers et un chat. Mais j’ai du mal à me séparer d’elle. Et je crois que, plus encore, je ne peux pas la lâcher quand elle me montre qu’elle veut rester avec moi. En général ça dure quelques minutes puis elle part explorer le monde. Mais à son rythme, et en sachant que je reste là près d’elle en cas de besoin.

Je ne pense pas que ce soit un mal. Il me semble que ça lui donne confiance en elle et lui permet d’expérimenter les choses en toute sécurité. Je me demande juste si ça ne va pas finir par nous poser problème vis-à-vis de tous les parents qui ne font pas pareil…

Et vous ? Vous êtes des vilaines-mères-poules-qui-font-trop-de-câlins-et-donneront-de-mauvaises-habitudes-à-leurs-enfants ? Vous arrivez à les lâcher ? Vous faites comment ?

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Responses

  1. Je ne suis pas (encore) mère mais je me permets de te laisser un mot en passant. D’abord parce que j’apprécie beaucoup ton blog, que j’ai découvert dans sa version n°1  » se marier… » (te dire comment j’y suis parvenue : lassée des wedding blogs ne parlant que de pompons et de photobooth et de rien d’autre, j’ai tapé un jour « blog de mariage chrétien » pour voir si certains blogs personnels approfondiraient plus la question du mariage, et tu étais le seul résultat valable – essaie pour voir !) (oui je me marie bientôt).
    Je me suis totalement identifiée à ton portrait de petite fille : moi aussi je détestais être laissée seule avec des enfants que je ne connaissais pas, préférais lire et être à la table des grands pour écouter. Je me rends compte qu’aujourd’hui encore, je préfère les relations en tête-à-tête aux relations de groupe qui souvent me crispent car, à de rares exceptions près, personne ne s’écoute et on n’arrive jamais au bout des idées énoncées, les commentaires sont balancés à tout va, coupant souvent le fil de la discussion…
    Intuitivement, j’imagine qu’un très jeune enfant doit ressentir une certaine angoisse de la séparation en milieu inconnu pour lui, et que l’enjeu de l’éducation doit lui permettre de se séparer de ses parents en douceur et progressivement… Ce que vous faites manifestement en laissant M à une nounou en semaine ! La question que je me poserais, quand j’aurai des enfants, c’est de savoir si le fait d’être une « working mom » (marche aussi pour les « working dads ») ne conduit pas à « compenser » les longs moments de la journée où l’on est loin de son enfant par un « sur-couvage » le soir – mais après tout ça se régule avec un peu de bon sens, non ?… il n’y a pas une façon universelle d’éduquer un enfant, et si certains couples emmènent toujours leurs enfants avec eux, d’autres les confient facilement à d’autres, ce qui compte c’est le bien-être observable de l’enfant, pas la méthode pour la méthode !
    Bref, après ces propos de café du commerce, je te souhaite une bonne soirée et un très bon w-e en famille !

  2. Moi je n’ai même pas réussi à envisager sérieusement de laisser mon fils a une nounou !! Alors dans le genre « vilaine mère poule »… Et on emmène le magicien à peut près partout avec nous. Mais pour moi, les choses sont un peu différentes. En fait, j’ai énormément de mal à laisser le magicien à quelqu’un qui ne soit pas un intime. Les rares fois où il a été gardé, ça a été par ses grands parents ou par sa tante, et je commence seulement à envisager de le confier à des amis proches. Par contre quand je suis pleinement en confiance, je n’hésite pas à « le lâcher » et je suis profondément contente d’en profiter pour faire autre chose. (d’ailleurs je pense que si on habitait à proximité de notre famille ça arriverait plus souvent !). C’est facilité par le fait que (pour le moment ?) le magicien est un bébé particulièrement confiant qui n’a aucune difficulté à se retrouver avec des gens nombreux ou qu’il ne connaît pas, est à l’aise dans les bras de tout le monde. Je ne sais pas comment il a fait avec une vilaine-mère-poule et un vilain-papa-poule!

    Mais je pense que le fait de passer plusieurs jours dans la semaine avec lui fait que je profite beaucoup plus facilement des moments sans lui parce que justement je n’ai pas l’impression que ça me vole de mon temps avec lui.

  3. Je te comprends, même si je ne fonctionne pas tout à fait comme toi, je suis contrainte de de fusionner de mes enfants et de les confier à plein de personnes différentes. Ça les rend plus indépendants on dira 😉

    Par contre le point où vraiment je ne te rejoins pas, c’est concernant la séparation enfants / adultes lors de moments sociaux. Oui les enfants en groupe sont souvent bêtes et parfois cruels. Oui on mange moins bien qu’avec les adultes et les conversations sont moins riches, mais pour autant, il me paraît important qu’il y ai une césure. Sinon quand est ce que tu socialise / te mêle a tes pairs (hors Ecole) ? Par ailleurs, il y a je trouve chez ces enfants collés aux adultes un côté « petit singe savant » qui me gêne bcp (sans compter ceux qui s’immiscent dans les conversations). Je pense qu’il y a des occasions de mélanger les générations, et d’autres ou chaque groupe doit vivre en autonomie, ça fait du bien à tout le monde. Surtout, faire vivre l’épreuve du collectif / de la socialisation avec d’autres enfants lui permettra d’être mieux armée à l’école, qui peut être très déstabilisante si on n’a pas été mis dans le bain avant (2 personnes pour 30 enfants, tu vois la différence par rapport à ses parents ou sa nounou …).

  4. Je pense que je réagissais comme toi quand mes enfants étaient tout bébés.

    Mais en grandissant, (ils ont 2 ans et demi et 4 ans et demi) ils deviennent de plus en plus autonomes, et, chez moi, ont vraiment ce besoin grandissant d’aller vers les autres enfants, de lâcher un peu les jupes de leur mère, de vivre des moments entre enfants, d’avoir leur monde a eux. Et je constate que tout le monde s’amuse dix fois plus comme ça plutôt que de rester toujours collés.

    Alors oui pour nous, le bonheur c’est de profiter a fond de nos enfants (je suis en conge parental, la preuve 😉 mais aussi de les LÂCHER et de les voir s’éclater sans nous.

    On part au Club Med parce que c’est un bonheur dingue pour les enfants d’être entre eux, avec des activités à eux (j’én ai des souvenirs d’enfance magnifiques) ET pour les parents de pouvoir souffler, faire des choses entre adultes.

    On adore les fêtes/soirées où il y a un coin réservé aux enfants, avec animations, menu enfants, déguisement et activités, pendant qu’on peut se retrouver un peu en amoureux.

    Quand on est invités à un mariage et qu’il n’y a RIEN de prévu pour les enfants le soir, et qu’on est obligés de les garder, calmer dans la poussette, surveiller ceux qui courrent partout, pendant qu’on dine, c’est juste super dur et la soirée est gâchée (c’est du vécu), alors que lorsqu’ils sont pris en charge, ils s’amusent beaucoup mieux et nous aussi!

    Le pied total est d’aller dans un hôtel et de découvrir par hasard qu’il y a une salle de jeux dans un coin du resto ( ça nous est arrivé il y a deux semaines, on a passé un super week end en famille pour ça 🙂

    Je ne suis pas une fetarde invétérée, mon but n’est pas de me debarasser de mes enfants, au contraire on fait toujours mille choses avec eux, on ne les lache jamais plus de 3 jours.

    Mais je vois bien que les enfants , a partir de 18mois-2 ans, sont difficilement gerables à 100% par leurs parents. Ils courent partout, font des caprices, le Terrible Two, c’est quelque chose…
    En fait en tant que parents, on ne peut pas répondre à tous leurs besoins, on est limités…on apprend l’humilité en quelque sorte: on ne suffit pas à ses enfants 🙂
    Et il y a plein de gens dont c’est le métier/passion, de proposer justement des choses aux enfants SANS leurs parents.

    Peut être que tu évolueras la dessus, et que tu ressentiras le besoin, petit à petit, de lâcher un peu ta fille… Car bien souvent ce sont les enfants eux-mêmes qui expriment ce besoin d’aller voir un peu ailleurs 🙂
    Mais c’est une évolution qui se fait tout naturellement… Je crois que la fusion des débuts est quelque chose d’on ne peut plus normal.

  5. Pas (encore) de retour d’expérience à te donner. A la lecture de ce que vous vivez, ça me fait penser aux quelques articles que j’ai pu lire sur le maternage proximal.
    Pour ce qui est du WE sans enfant, au-delà de la fusion, ça ne me choque pas que vous vouliez passer du temps avec elle si vous la laissez à une nounou la semaine… Ca pourrait être différent si c’était un goûter pendant 1h30 le samedi… ou si vous étiez avec elle toute la semaine…
    Y’a une histoire de durée, de priorité, d’âge (ça évoluera sûrement comme le dit Marine), d’organisation de votre vie de famille…
    Je dirai juste que si vous le sentez bien comme ça, tant mieux, c’est que ça vous convient pour le moment !!! Quant à ce que pensent les autres… est-ce vraiment important si ça vous va ? Si vous vous posez régulièrement la question « on continue comme ça ? ça nous va toujours ? » et que vous ne décidez pas « par habitude », y’a pas de raison que ça n’aille pas !

  6. Je suis pareille : nouvelle maman d’une petite fille de 3 mois et je vois les choses de la même manière et je m’en fiche du regard et des réflexions des autres, et je ne leur fait pas de réflexion en retour : chacun fait comme il veut avec ses enfants !
    Mais je suis tombée sur ce blog par hasard en cherchant des renseignements sur l’ école autrement et ça ma plairait d’avoir des infos à ce sujet pour ne pas me planter.
    Pouvons nous échanger par mail ou par ce blog ?
    Merci


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