Publié par : Marie | 24 juin 2012

Les barrières à l’entrée

Pour une entreprise, se trouver sur un marché qui présente des barrières à l’entrée est un très bon plan : cela permet de limiter la possibilité pour de potentiels nouveaux entrants de venir la concurrencer. Les barrières à l’entrée peuvent être de natures très diverses : une licence onéreuse pour avoir le droit d’opérer sur le marché (taxis, téléphonie mobile), effets de réseau créés par l’entreprise déjà installée (réseaux sociaux par exemple, pourquoi s’inscrire sur un nouveau réseau social si tous ses amis en utilisent un autre déjà en place), conditions d’approvisionnement avantageuses du fait d’être déjà un « gros », alors que les nouveaux entrants doivent acheter au prix fort (grande distribution), etc.

Mais pour des individus ? Je trouve que, de plus en plus, on s’impose à soi-même (et on se fait imposer par son entourage) des barrières à l’entrée délirantes pour les choix de vie les plus personnels. Se marier ? Ah oui, on aimerait bien, mais on ne transigera pas sur moins que l’Idéal du Mariage Bourgeois (TM) avec Châââteau, Châââpeaux, Chaaampagne, Traiteur, 200 invités, photographe professionnel, voiture de collection pour conduire les mariés de la mairie à la réception, etc etc. Donc on n’a pas les moyens. Donc on s’empêche de vivre un événement dont on aurait envie, on s’empêche d’avancer en tant que couple, parce que d’abord il faut réunir des moyens matériels invraisemblables.

Je conçois très bien qu’on puisse rêver d’un mariage super-parfait et donc attendre un peu. Mais si ce qu’on veut vraiment, c’est se marier, je trouve dommage d’attendre juste pour des questions financières quand en fait un mariage moins cher (et pas forcément moins sympa) est tout à fait organisable.

J’ai la même impression avec les enfants. Des gens autour de moi qui aimeraient bien des enfants, mais on les a persuadés que, pour avoir un enfant, il faut absolument d’abord être en CDI tous les 2, avoir atteint un poste à responsabilité sinon la maternité empêchera d’avancer, être propriétaire de son appartement, lequel doit comporter une ou plusieurs chambres d’enfant, avoir une voiture, et surtout acheter plein de gadgets.

Et puis une fois qu’on a des enfants, c’est bien connu, plus rien n’est simple. Il faut renoncer à toute vie sociale, acheter une poussette-tank qui interdit de prendre les transports en commun, stériliser tout ce qui pourrait entrer en contact avec l’enfant, se préparer à dormir par tranches de 3 heures, préparer exclusivement des petits pots maison à base de légumes bio, qu’on donnera 30 grammes par 30 grammes au bébé…

Ben, euh… non. Pas forcément. On a aussi le droit d’être à l’arrache, de ne pas entrer dans des critères à la con, de se débrouiller comme on peut. On a le droit d’être détendu et de s’amuser avec son bébé. On a le droit de le laisser goûter à la nourriture familiale quand il en a envie (oui, même des morceaux, même à 6 mois), d’allaiter longtemps, ou pas du tout, de trouver les choses qui nous conviennent à nous et pas aux magazines parentaux et aux annonceurs de produits pour bébés.

Marre des barrières à l’entrée. Oui, avoir un enfant présente des contraintes, ça demande parfois des sacrifices. Mais tous nos parents l’ont fait, c’est pas l’ascension de l’Himalaya, et la perfection n’est pas de ce monde.

(sur un sujet connexe : ce long article en anglais sur « pourquoi les femmes ne peuvent pas réussir professionnellement à un haut niveau ET mener une vie de famille. ça a déjà suscité des débats très enflammés aux Etats-Unis, j’attends avec impatience – ou pas – la traduction en français pour réentendre les mêmes débats dans la langue de Molière…)

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Responses

  1. Ca me fait penser au post de @fioocree http://filleauxcraies.free.fr/?p=1653

    Je suis totalement d’accord avec vous, c’est idiot de s’empêcher de vivre (et de se prendre la tête) pour des problèmes matériels qui n’ont pas lieu d’être.

    • Effectivement, je l’ai lu et je me suis pas mal reconnue…
      J’ai découvert le blog de Fioocree (trop) tardivement, on aurait pu être copines je pense 😦

  2. A propos de l’article de « the atlantic » : http://www.rue89.com/rue69/2012/06/23/les-femmes-peuvent-elles-tout-avoir-le-debat-reprend-aux-etats-unis-233281

    Chez nous, bébé est arrivé un peu plus tôt que prévu, et finalement, c’est très bien comme ça !
    Il nous reste maintenant à trouver la bonne distance vis à vis du « materiel de puericulture » pour ne retenir que ce dont on a besoin, et ne pas en devenir esclave, j’espère qu’on va s’en sortir !

  3. Les barrières sont le résultat de « la société », « les films », « la mode »… un mix de tout ça…
    J’aime bien ton billet car il rejoint (oui c’est tout à fait subjectif et orienté) mon aversion pour les « il faut bien intentionné »…
    Et ça me fait penser à un billet que j’avais écrit sur le mariage : http://mywedtrip.blogspot.fr/2010/07/ma-robe-de-mariee-petit-bateau.html
    On pourrait dire « à quoi ça sert d’avoir un enfant si on ne peut rien faire… comme avant / sans 1001 gadgets / sans un rétroplanning » 😉

    Merci pour l’article. Je l’ai lu en vitesse car il est très long mais je l’ai trouvé très intéressant. Toutes ces questions me titillent… mon quotidien… ce que je veux en faire, ce que j’arriverai à en faire… la cohabitation, les déplacements… des sujets abordés par AM Slaughter… Car dès le thème, j’ai « reperé » que son job avait un quotidien particulier. Et quand il y a de la distance, ça rajoute une contrainte supplémentaire à la vie en entreprise (ou autre) « à proximité »
    Y’aurait plein d’autres choses à dire, je vais laisser mûrir…

    Mia, à l’hôtel…

  4. tu as complètement raison!
    je vois pas mal de gens qui ne prennent pas de décisions, en trouvant des excuses plus ou moins valables… en fait ils sont angoissés à l’idée de se tromper. Et c’est vrai que lorsqu’on ne décide rien, on ne se trompe pas 🙂

    en ce qui concerne les enfants, les choix de vie, les appart’… il faut se détendre. Nous avons globalement sauté le pas pour les enfants, et trouvé la logistique à prévoir après coup. Et à chaque fois ça s’est super bien passé.
    L’idée qu’il faille une chambre pour chaque enfant est complètement artificielle! (mes enfants sont dans la même chambre et c’est hyper enrichissant pour eux, ils sont extrêmement complices. Et partout dans le monde le concept de « chambre d’enfant » est assez flou, voire inexistant)

    en ce qui concerne ton article, j’ai lu le supplément du Courrier International de ce mois ci (« Parents, comment font-ils? ») et il y a une traduction de cet extrait.
    Débat passionnant.


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