Publié par : Marie | 15 avril 2012

L’allaitement sans peine

La grossesse c’est merveilleux, et l’allaitement est un plaisir.

Voilà ce que beaucoup de femmes autour de moi se plaignent de trop lire. Selon elles, ce genre de discours donne des espoirs irréalistes, tant et si bien que la jeune ou future mère est toute dépourvue quand ça ne se passe pas aussi bien pour elle.

On n’a pas tous la même expérience des choses. Quand j’ai commencé à lire des choses sur la grossesse et les bébés, j’ai eu l’impression de ne trouver que des histoires d’horreur sur : les nausées, la prise de poids, la fatigue, l’accouchement, encore la fatigue, et surtout les mille et un obstacles à l’allaitement. Et j’ai trouvé ça pas motivant du tout. Limite, ma réaction était « je signe où pour le stock de 6 mois de lait en poudre ? »

Je pense que ce qui m’a convaincue d’allaiter, c’est un peu le bouquin d’Elisabeth Badinter (mais oui), un peu mon mari qui a insisté pour que j’essaie au moins (il a tenté la même technique pour les choux de Bruxelles, mais avec moins de succès), et un peu la sage-femme qui animait le cours de préparation à l’accouchement consacré à l’allaitement.

Badinter, parce que ce qu’elle évoque des nourrices du XVIIIe siècle (et du taux de survie des enfants qui leur étaient confiés) donne juste envie de faire absolument l’inverse pour son enfant. Mon mari parce que c’est quelqu’un de positif qui me donne envie de sortir un peu de ma zone de confort. Et la sage-femme parce que ce qu’elle nous disait de l’allaitement en donnait l’image de quelque chose d’assez simple. Pas « simple » comme dans « vous n’aurez aucun problème », plutôt « simple » comme dans « c’est une pratique assez naturelle, adaptée à la vie quotidienne, qui n’oblige pas à apprivoiser dix mille articles de puériculture et à compter des minutes et des millilitres ».

Donc voilà. Certes c’est bien de ne pas s’illusionner, mais ça ne sert à rien non plus de tout voir en noir.  Comme il faut de tout pour faire un monde, voici mon histoire d’allaitement à la cool, avec de vrais morceaux de réunions familiales, travail et transports en commun dedans.

J’avais lu des histoires de bébés qui tètent dès la sortie du ventre de leur mère. La mienne, non. Se blottir, faire des câlins, oui volontiers, mais quand je lui ai timidement proposé le sein Madame n’était pas intéressée. Tant pis, ça attendra. Finalement c’est une gentille puéricultrice, Marie-Pia, qui est venue me montrer comment la mettre au sein. M a commencé à téter et… j’ai étouffé un cri de douleur. Les dix premières secondes ça a fait vraiment mal. Ensuite on est restées là la puéricultrice et moi, fascinées, à observer cette petite grenouille qui tétait avec enthousiasme, en coordonnant parfaitement ses mouvements. Glou, glou, glou, glou. Sur la fiche de suivi des tétées-changes-siestes, la puéricultrice admirative a noté : « 16h, sein gauche. A très bien tété ». Elle avait l’air vraiment impressionné.

Marie-Pia, merci. Vous  ne vous en doutez sûrement pas, mais votre annotation a été un énorme accélérateur de confiance en moi, immédiatement et tous les jours qui ont suivi, j’y repense encore souvent. Qu’une professionnelle qui connaît bien l’allaitement, et bienveillante en plus, trouve qu’on s’y prend bien M et moi du premier coup, ça voulait dire que tout se passerait bien, qu’on gérerait bien toutes les deux en s’adaptant au cas par cas.

J’ai eu des crevasses la première semaine et plus jamais depuis, un engorgement une fois que j’ai résolu toute seule en quelques heures. J’ai cru que des problèmes nous attendaient au tournant quand la pédiatre a trouvé que M ne grossissait pas assez. Et à la visite suivante elle était revenue dans la médiane des courbes de croissance, où elle se prélasse depuis. Et quand j’ai cru être obligée de la sevrer, je me suis aperçue, un peu étonnée, que progressivement j’en étais venue à adorer allaiter, et que je souffrirais beaucoup d’arrêter.

Les tétées sont aussi et surtout des moments de câlins, de sourires mère-fille. Le lait c’est important, le câlin l’est plus, surtout pour la dernière tétée du soir qui nous sert aussi de « moment calme » avant de dormir. On partage quelque chose qui n’est qu’à nous deux, tout comme le bain est un moment père-fille chez nous.

La nuit je me réveille avant elle, quand je l’entends qui cherche à téter, encore à moitié endormie. Aucune de nous deux n’a à se réveiller complètement, je n’allume pas de lumière (merci l’éclairage de l’écran de mon téléphone), elle tète et s’endort au sein, ou juste après, et moi aussi je me rendors très vite. C’est important parce que les premiers temps après la naissance de M j’avais besoin de chaque minute de sommeil que je pouvais grappiller… et d’ailleurs mon entourage s’accorde à dire que je ressemble beaucoup moins à un zombie que ce à quoi ils se seraient attendus. Je vais le prendre comme un compliment 🙂

Pas de quantités à mesurer, d’intervalles à respecter, de biberons à stériliser ou à chauffer, rien de particulier à emmener en balade. J’ai allaité chez des amis, à la terrasse d’un café, dans des restaurants, des trains, des bus. J’ai allaité en parlant à ma fille, et puis parfois en lisant mes mails. J’aime penser que d’avoir sa source de nourriture toujours prête à portée de main contribue à faire de M le super bébé très cool, adaptable et pas pleureur qu’elle est.

Je vois bien la différence quand elle prend du lait artificiel, d’ailleurs : elle a plus souvent mal au ventre (le lait artificiel est moins digeste, et son tube digestif n’est pas encore complètement fini), et au niveau des couches… euh… disons qu’en termes de quantités et d’odeur le lait maternel est largement préférable !

Tout n’a pas toujours été idyllique, mais j’ai appris qu’avec un peu de patience et en nous faisant confiance à toutes les deux, on était capables de s’en sortir comme des chefs. Et sans acheter dix mille machins de puériculture.

Aujourd’hui M tète à la demande quand on est ensemble (le matin, le soir, la nuit, le week-end, les vacances). Le reste du temps elle prend des biberons de lait maternel, et un biberon par jour de lait artificiel. Je n’étais pas très confortable avec l’idée de la laisser toute la journée avec une nounou, et j’avoue que je le vis mieux en sachant qu’elle peut profiter de mon lait même en mon absence. Et pour le tirage ? Finalement j’ai abordé le sujet avec mon boss, prudemment. « Ecoute, voilà mon allaitement se passe super bien et j’ai envie de continuer encore quelque temps. Du coup je vais tirer mon lait. J’aurai besoin d’une ou deux fois 20 minutes par jour pour le faire, est-ce que ça pose problème ? ». Ben non, ça ne pose pas problème, d’autant moins que mon temps de travail est flexible, je suis évaluée aux résultats et pas à la présence. Du coup, les jours où j’anticipe davantage de choses à faire je prends un sandwich le midi, et le temps gagné sur la pause déjeuner m’a toujours permis jusqu’ici de finir mon travail ET de tirer mon lait.

Financièrement… je ferai un autre billet sur le sujet prochainement, parce que la comparaison biberon-sein n’est pas si évidente à calculer, mais je peux affirmer que, dans mon cas, j’ai déjà rentabilisé l’allaitement.

Tout ça pour dire que l’allaitement peut être agréable, pratique, compatible avec une vie normale de femme qui travaille. ça peut aussi être un allaitement mixte, et surtout ça doit s’adapter aux besoins et aux désirs de chaque duo mère-bébé. Si un jour je trouve mon organisation actuelle trop lourde, j’en changerai. Je passerai peut-être à des biberons en journée en ne conservant que les tétées du matin et du soir, ou pas de tétée du tout. Mais comme dit mon mari, ça vaut le coup au moins d’essayer.

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Responses

  1. super billet, lucide, réaliste, donc ni enchanteur et plein de doux rêves, ni à l’inverse anxiogène et dramatique.
    En fait ce qui est dur dans l’allaitement, ce sont les débuts, associés forcément à la fatigue, au chamboulement de l’arrivée de l’enfant…. et c’est de mieux en mieux avec le temps!
    ce qui ne colle pas vraiment à notre société moderne puisque globalement, les femmes sèvrent leur bébés avant la fin de leur congé mat’…

    J’ai allaité mon premier enfant, et pas allaité mon deuxième…
    je peux comparer les deux pratiques, et franchement j’y trouve autant d’avantages que d’inconvénients.
    Avec ma première j’ai trouvé que l’allaitement me permettait de vraiment devenir mère, notamment grâce à la fusion qu’il créait entre mon bébé et moi.
    Avec mon deuxième j’ai eu moins besoin de cette fusion, j’étais plus dans un esprit « famille » que couple mère/bébé. j’ai donc ressenti l’envie de partager ce moment de « nourrissage » avec le père, au moyen du biberon, dès le premier jour. Et puis je voulais me sentir plus libre, notamment pour m’occuper de ma première.

    bref tout ça est très personnel et unique… en tous cas, je ne suis une militante de rien (en voici la preuve), et j’ai une chance: je ressens très peu la fameuse « culpabilité ». A quelques exceptions près, en terme de maternité, je fais mes choix, je les assume, et mes enfants suivent le mouvement!

    en tous cas je suis certaine que ton billet peut donner à une future maman hésitante le déclic pour se décider à allaiter!

  2. Je trouve ton billet super. Car il parle de liberté. Liberté de choisir, liberté d’adapter, liberté de douter, liberter de conserver, liberté de se laisser le temps, liberté d’oser… Bref,
    Choisir en connaissance de cause en lisant des bouquins, en allant au cours et discutant avec le papa
    S’adapter aux circonstances (heure, lieu…) et aux évènements extérieurs (reprendre le travail en ayant envie de poursuivre)
    Douter de ces capacités mais savoir repérer « les perles » qui nous motivent et nous font avancer
    Se laisser le temps, ne pas décider au bout de 5 minutes que c’est fini, se laisser le temps mais s’autorisant le premier biberon de lait maternel…
    Oser essayer, oser demander à son patron.
    Bref, je le trouve « simple » dans le sens « une expérience de maman sans chichi qui raconte un morceau de vie », qui n’a pas d’a priori et qui s’écoute.
    Même si j’ai un avis déjà un peu plus tranché que toi sur la question sans être concernée, j’admire ton cheminement !
    J’espère que tout va bien (mais si j’ai bien lu, le post que tu aurais pu écrire après un sandwich vite fait le midi, c’est le tire-lait qui en profite 😉 !!!) 😛


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