Publié par : Marie | 31 mars 2012

Recrutez des mères !

La deuxième semaine de mon retour au travail vient de se terminer. Je n’étais pas sûre de ce sur quoi j’allais travailler, et finalement je retrouve la même équipe, le même client et les mêmes sujets, mais un peu plus de responsabilités. Notamment, je vais faire le suivi des temps et de l’activité de toute l’équipe. Ce n’est pas très exaltant, mais c’est important parce que c’est ce qui donne lieu à la facturation — pour avoir du pouvoir dans une organisation, mieux vaut se placer le plus près possible du cash — et parce que ça permet aussi d’anticiper les sur- ou sous-consommations par rapport au budget que notre client nous accorde. Si on sous-consomme, il nous faut identifier pourquoi et éventuellement prioriser nos chantiers, et si on sur-consomme il faut voir à qui/quoi c’est imputable et s’il est possible de négocier une rallonge budgétaire.

L’aspect commercial de mon job me plaît de plus en plus. Quand j’ai commencé il y a bientôt deux ans et demi, ça me semblait de la bête cuisine interne administrative, mais maintenant je trouve ça passionnant parce que ça permet de comprendre toute l’organisation du cabinet et de nos clients. ça tombe bien, parce que identifier des trucs à vendre à nos clients et parvenir à les vendre sera une des choses les plus importantes qu’on attendra de moi si je deviens manager (c’est une promotion à laquelle je peux prétendre au mieux dans deux ans, d’où le « si » mais je suis très motivée).

Pour l’instant le principal enjeu concernant ma carrière est de savoir si j’obtiendrai la (petite) promotion que je vise en juin. A priori j’ai de bonnes chances : tout le monde est content de mon travail, j’ai été mieux notée que mes collègues jusqu’à présent, j’ai travaillé comme d’habitude (en quantité et en qualité) pendant ma grossesse et n’ai même pas pris de congé pathologique. Mais bon, je n’ai « pas fait une année complète ». Grr.

Je pense honnêtement que j’aurai ma promotion, et en tous les cas je me battrai pour l’avoir, mais ça me désole que le congé maternité soit un sujet. Je ne veux pas être promue « malgré » mon congé maternité. Ce n’est pas une faute professionnelle, pourquoi faudrait-il que je compense quoi que ce soit ?

Tout le monde a toujours cette vision de la grossesse et de la maternité comme handicapantes pour les femmes qui travaillent. Oui, effectivement, on s’absente pendant quelques semaines du travail, et les contraintes liées à la garde des enfants font qu’on devient moins flexible sur les horaires ensuite. Mais :

– la garde des enfants n’est pas qu’un sujet de femmes. La mère n’a aucune raison d’être l’interlocutrice privilégiée, voire unique, de la crèche ou de la personne qui garde ses enfants. Les hommes aussi ont des enfants ! Les hommes aussi inscrivent leurs enfants à des crèches qui font grève, les hommes aussi ont des nourrissons qui ont des bronchiolites, les hommes aussi n’ont que 5 semaines de congés alors que les vacances scolaires durent presque 4 mois dans l’année.

– devenir parent aide à développer des qualités professionnelles.

Pour en rester à mon exemple personnel, j’ai mis en place à la maison un certain nombre de processus pour que nous arrivions à gérer le fait de travailler tous les deux et d’avoir un bébé. Par exemple j’ai fixé avec mon mari un planning précis des tâches ménagères (tel jour l’aspirateur, tous les soirs la vaisselle, etc) et une répartition. Nous avons fixé les horaires de la nounou de manière à nous permettre d’avoir les longues journées dont nous avons besoin professionnellement : j’emmène M le matin, mon mari la cherche le soir, du coup il peut commencer plus tôt le matin et je peux terminer plus tard le soir. Et pour finir, nous avons décidé de faire nos courses sur internet pour éviter de perdre notre temps le week-end au supermarché. Or, dans mon travail la mise en place de processus efficaces est exactement ce qu’on essaie de vendre à nos clients…

La maternité m’a aussi rendue plus créative. Comme je voulais continuer à allaiter M tout en retravaillant, j’ai mis au point un système qui me permet de le faire tout en tenant compte de mes contraintes. (pour ceux / celles que ça intéresse : je me suis procuré une petite glacière, deux pains de glace et un petit thermomètre, et selon les jours je tire du lait une ou deux fois au bureau, ainsi que le matin et le soir. ça me permet de remplir 2 biberons par jour, que la nounou complète avec un seul biberon de lait en poudre. Le vendredi je congèle ce que j’ai tiré, M est allaitée à la demande le week-end et je décongèle 2 biberons pour le lundi).

Ajoutez à ça la patience que demande un enfant, quand il se réveille toutes les nuits en hurlant, et plus tard quand il apprend à manger solide, à marcher, à dire non… ça me rend beaucoup plus patiente avec mes chers clients qui ne savent pas ce qu’ils veulent, réorientent le projet toutes les deux semaines, corrigent chaque virgule d’un document de 50 pages…

Et en plus… je travaille plus. Notre organisation avec la nounou me permet de faire à peu près les mêmes horaires qu’avant, sauf que je suis beaucoup plus motivée à rentrer tôt le soir. Donc je travaille plus vite, je prends moins de pauses, moins de temps à midi. Et au final… j’abats beaucoup plus de travail.

A priori, rien de ce que j’ai cité ci-dessus n’est inapplicables aux pères, mais la plupart des organisations semblent considérer que seules les mères ont des enfants. D’ailleurs beaucoup de pères se conforment à ce stéréotype, souvent contre leur gré, en laissant aux femmes ce qui touche aux enfants et en restant parfois si tard au bureau qu’ils ne voient presque pas leurs enfants.

Je pense et j’espère que c’est en train de changer. Les jeunes pères autour de moi sont très désireux de s’investir auprès de leurs enfants, et peut-être que bientôt il sera reconnu que les pères, comme les mères, ont des contraintes liées aux enfants. ça permettrait de discriminer moins les mères…

Mais en attendant, si j’étais un chef d’entreprise, je chercherais à recruter des mères !

(en plus elles coûtent 20% moins cher)

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Responses

  1. perso, je fais ce que je peux !

    La dernière femme que j’ai recrutée avait 43 ans et était stérile en dépit de 10 ans d’assistance médicale. Arrivée chez nous, elle a bossé au calme, dans une bonne ambiance.

    Elle accouche en août !

    Na

    PS : avec le recul de l’âge de la retraite, pourrez pas compter sur les grands mères pour les vacances

    • ah mais je n’ai rien revendiqué, concernant les vacances ! 🙂

      • je sais ! 😉

        Ce n’était pas un message personnel pour vous 🙂

        C’était une râlerie contre l’imprévisibilité de nos hommes politiques (de tout bord mais z’ont besoin d’être élus-réélus) qui ont toujours refusé de considérer raisonnable ne serait-ce qu’un mix répartition/capitalisation !

        Notez que je serai probablement à la retraite pour les suivants 😉

    • Et deux semaines après mon premier commentaire, cette collaboratrice est arrêtée jusqu’à la naissance. Col de l’utérus ouvert.

      Ceci étant dit, je ne regrette rien : c’est une collaboratrice compétente, sérieuse et je préfère m’en passer jusqu’en octobre plutôt que de ne pas l’avoir du tout !

      Donc je persiste et signe : embauchez des mères !
      (et c’est un patron qui parle ;))

  2. Je suis d’accord avec ce que vous dites, sauf le fait qu’elles coûtent moins cher.

    J’ajouterais que les enfants qu’on fait seront les clients de demain 🙂 ou les salariés de demain, pour l’entreprise. C’est du long terme, mais il faut garder cela en tête.

    • C’était une boutade, référence aux inégalités salariales… j’avais barré la phrase pour montrer que ce n’était pas sérieux, mais WordPress est capricieux — ou sexiste, allez savoir.
      Et cent fois oui pour les enfants !

  3. j’admire ton sang froid, ta motivation et surtout ton organisation!
    tu as bien raison! et puis ton mari a l’air d’être sur la même longueur que toi… c’est en fait ça le plus important. Car organisées, les mères le sont toutes, bien souvent par obligation…

    J’avais lu quelque part que pour qu’une femme réussisse professionnellement, il fallait surtout qu’elle ait choisi le « bon » mari.
    C’est un peu facile à dire, et même assez drôle… mais en fait c’est très vrai!

    c’était ce livre: « Femmes au pouvoir » de Hervé Gattegno et Anne-Cécile Sarfati, un recueil d’interviews de femmes de têtes (Christine Lagarde, Mercedes Erra, femmes politiques, etc…), super intéressant!
    http://livre.fnac.com/a1983357/H-Gattegno-Femmes-de-pouvoir

    • Oui, le choix du mari, c’est notamment un point important de ce que dit Sheryl Sandberg, la PDG de Facebook. Je suis en train de me rendre compte à quel point elle a raison. J’ai beaucoup de chance de ce côté-là.
      Mais il ne faut pas m’admirer ! On a un seul enfant et suffisamment de moyens financiers, c’est plutôt facile pour nous !

  4. Je suis admirative, et d’accord avec l’essentiel du propos sur le rôle des pères et sur l’égalité hommes-femmes en plus 🙂

    Ceci dit, il y a un petit quelque chose, c’est quand tu dis que les pères laissent souvent aux mères ce qui touche aux enfants. Tu n’as pas tort, mais combien de femmes (qui se plaignent en plus de leur désintérêt pour la chose) ne laissent pas faire leur compagnon , parce « qu’il ne sait pas s’y prendre » ?

    Et, parmi elles, combien ont la chance que tu as, à savoir celle d’avoir un job ou tu t’épanouis? Je crois que plus on est bas dans l’échelle des responsabilités, moins on est sûr(e) de soi, et plus facilement on est tenté(e) de « prendre le pouvoir » sur le foyer et les enfants (c’est caricatural, mais je crois que tu comprends l’esprit).

    Alors oui, tu as fait des études, tu t’es investie, tu continues à le faire, donc il ne s’agit pas que d’une question de chance. Tu as mérité de réussir à tout gérer de front, et mérité d’avoir un mari génial. Qui lui, mérite bien d’avoir toute sa place de père ! Mais en même temps, ce que la vie t’a donné (en terme de capacité de réflexion, de motivation, et même de la façon dont tu as été soutenue) n’est pas donné à tout le monde…

    Autrement dit, mieux celles qui deviendront mères seront éduquées, plus elles auront confiance en elles, mieux elles pourront concilier, déléguer, partager… Et plus les hommes auront la possibilité de s’investir ! 🙂

    • oui, c’est un point intéressant.
      Personnellement, je ne me suis jamais sentie compétente pour ce qui touche aux enfants, surtout petits. Je pense que ça vient en partie du fait de ne pas avoir autour de moi, et en partie de mon lourd passé d’étudiante sérieuse qui aimait surtout les sujets les plus théoriques… Du coup, je ne me sens pas plus qualifiée, ou légitime, que mon mari, et on a fait bien attention de se répartir vraiment les rôles — beaucoup plus que pour les tâches ménagères, par exemple 🙂

      Mais je comprends parfaitement le besoin, pour celles qui ne s’épanouissent pas professionnellement, d’investir complètement la sphère domestique, c’est trop frustrant sinon !
      Une chose que je pense qu’il faudrait dire davantage aux jeunes au moment de choisir leur voie professionnelle, c’est de faire attention aux implications du métier qu’ils choisissent sur leur vie personnelle, parce que souvent on ne s’en rend compte que lorsqu’il est trop tard : sera-t-on obligé de vivre en ville, ou à l’inverse obligé de vivre à la campagne, devra-t-on déménager souvent, travailler de nuit, etc. Sans oublier, pour les filles surtout : ce métier qui vous semble sympa, vous plaira-t-il encore dans 10 ans, pourrez-vous évoluer en responsabilités et en salaire ?

  5. Vous avez la même organisation (matin/soir) qu’une collègue dont les enfants ont 5 et 7 ans je crois, et ça fonctionne toujours !
    Entendu en anecdote lors d’une rencontre « femmes pro » (je n’expliquerait pas ici) cette semaine :
    à un homme qu’une réunion à 17h n’arrangeait pas « mais t’as bien une bonne femme pour t’en occuper, non ? »
    Allez, ça se passe de commentaire !
    PS Moi j’ai des futurs pères à gérer… 😉

  6. Excellent billet!
    Je suis prof et mon mari bosse dans une boîte de conseil (peut-être la même que la tienne, ta description me rappelle des choses…). Il a des horaires indécents (finit souvent à minuit, bosse le week end, etc…) mais a bien du mal à faire valoir ses obligations de père.
    Je suis en congé parental, donc pour l’instant j’ai « que ça à faire » et tant mieux. Mais quand je reprendrai le boulot en septembre, même si c’est avec des horaires de prof, il va bien falloir qu’on s’organise et là, j’espère ne pas être la seule à devoir jongler…
    Et oui, il n’y a pas que des mères, il y a aussi des pères et je crois que tout le monde se porterait mieux si on évitait les réunions à 19h…

    • Bonjour ! Bienvenue !
      Je lis souvent ton blog (mais commente peu, c’est honteux) et il me semble effectivement que j’ai le même genre de métier que ton époux… mais la chance de faire moins d’horaires, même avant d’avoir des enfants je partais rarement après 19h30-20h le soir.

      J’ai l’impression que les boîtes de conseil sont en train de changer doucement sur le sujet. Il y a une telle hémorragie de femmes talentueuses au niveau manager que les dirigeants commencent à s’en préoccuper. Dans ma boîte par exemple, il y a parité au moment du recrutement de débutants, et puis on se retrouve au niveau associé avec 20% de femmes, les autres ont fui. Avec un peu de chance, les politiques destinées aux femmes permettront aussi aux hommes de passer plus de temps avec leur famille. A condition aussi d’arrêter avec ce présentéisme ridicule qui fait que je suis mal vue si je fais 9h-19h en mangeant un sandwich devant mon ordinateur alors qu’on félicite celui/celle qui fait 9h-23h avec longue pause dej et pauses cigarettes toutes les 2 heures…

      Et en effet, j’espère que vous arriverez à vous répartir un peu les responsabilités. Tu nous raconteras ?

  7. Bonsoir, Je découvre votre blog grâce à Une chambre à moi et je tombe sur ce billet qui me semble très juste et qui me rappelle une petite chronique que j’avais moi-même écrit pour mon blog, intitulée « 5 bonnes raisons de recruter (aussi) des mères de famille : http://www.en-aparte.com/2009/04/20/5bonnesraisonsderecruteraussidesmeresdefamille/
    je vais continuer l’exploration de votre blog !


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