Publié par : Marie | 17 mars 2012

Notre bébé, l’éducation, l’Etat et nous

Ceci sera sans doute le premier billet d’une longue série consacrée à l’éducation de notre (nos, inch’allah !) enfant(s).

Il y a quelques années, je ne me posais pas de questions. Je me disais que mes futurs, potentiels enfants feraient comme moi et que ça fonctionnerait très bien comme ça a été le cas pour moi : école publique, mixité sociale, pas de soutien scolaire à la maison, pas être tout le temps sur leur dos pour les devoirs, basta.

Les doutes sont arrivés les uns après les autres. D’abord au cours de mes études supérieures, où je me suis aperçue que mon parcours était très rare. Pour la faire courte, j’ai grandi dans une famille de la classe moyenne de province où je suis la première à faire des études supérieures. En l’occurrence une grande école. Où mes camarades étaient pour la grande majorité BEAUCOUP plus riches que moi, BEAUCOUP plus cultivés, BEAUCOUP plus poussés par des parents qui eux-mêmes avaient fait des études supérieures. Au début le côté « culture » m’a filé un petit complexe, puis je me suis dit qu’on apprend à tout âge et me suis cultivée moi-même en visitant des expos. Aujourd’hui j’ai une culture peinture et opéra tout à fait honorable, parce que ça m’intéresse, et j’avoue platement mon ignorance de la musique. Mais je suis reconnaissante à mes parents qui m’ont laissé beaucoup plus de liberté, et qui ont passé du temps avec moi tout au long de mon enfance et mon adolescence.

Puis j’ai rencontré mon mari, et il s’est avéré que nous avions été tous les deux des enfants précoces. Je sais que plein de gens prétendent qu’eux-mêmes ou leurs enfants sont précoces, mais pour nous c’est vraiment le cas. Et la précocité est héritable, il est donc probable — mais pas certain — qu’un ou plusieurs de nos enfants seront précoces. Or, la précocité est souvent associée à des difficultés dans les écoles traditionnelles, surtout pour les garçons.

Aparté féministe : les classes spécialisées pour enfants précoces comptent une écrasante majorité de garçons, la proportion peut être de l’ordre de 10 garçons pour 1 ou 2 filles. Ce n’est pas parce qu’il y a davantage de garçons parmi les enfants précoces, mais parce qu’on bourre le crâne inculque aux filles à être sages et se taire, alors qu’on tolère davantage d’un garçon qu’il soit turbulent. Et comme il commence à être connu que certains enfants sont turbulents parce qu’ils sont précoces, la précocité est détectée chez les garçons et beaucoup moins chez les filles, qui après tout ne sont que de gentilles petites filles sages qui ont de bonnes notes.

Et puis il y a notre quartier. Nous l’avons choisi parce qu’il nous plaît, il est agréable, calme mais sur une ligne de métro qui mène au centre de Paris en 15-20 minutes. Il est aussi peuplé de familles bourgeoises et d’écoles pour enfants bien élevés. A en juger par les gens que je croise dans la rue, le parcours d’un enfant ordinaire dans le quartier est : garde par une nounou à domicile, peu d’interactions avec le père pendant les premières années, en rang par deux et en tablier brodé dans une quelconque école privée, premier iPhone à 11 ans, soutien scolaire intensif y compris en l’absence de difficultés, premier sac à main haut de gamme à 13 ans, beaucoup de devoirs, bac S, prépa et avec un peu de chance une des très convoitées grandes écoles au bout.

Je ne peux pas m’empêcher de trouver ça formaté. Au cours de mes études j’ai donné beaucoup de cours particuliers à des ados qui étaient dans ce schéma, et je les ai souvent trouvés stressés, manquant de confiance en eux, fatigués, et finalement pas si motivés que ça pour continuer post-bac dans ce rythme « prépa » qu’ils vivaient déjà, dans les faits, depuis leurs 13 ou 14 ans. Ne parlons même pas de l’enfant qui se découvrirait une envie de métier manuel…

J’ai envie de plus de liberté pour notre fille. J’ai envie qu’elle ait le temps d’être un enfant, qu’elle s’épanouisse, qu’elle apprenne des choses, certes, mais ce qui l’intéresse et dans la bonne humeur. Surtout, j’ai envie qu’elle devienne une adulte épanouie qui fait un métier qu’elle aime, a des amis, du temps libre, des projets personnels. Et avec mon mari nous ne sommes pas sûrs qu’une éducation « traditionnelle » le lui permettra.

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Responses

  1. De toute façon, le rythme imposé par les parents, vous êtes tous les deux bien placés pour savoir que les enfants précoces n’en ont pas besoin !

    Pour les autres (quii visent polyplastique et alii) peut-être. Mais je suis convaincue que cela donne des gens moyens/sup chiants pour eux, leur entourage et leurs enfants (reproduction sociale oblige).

    Vos enfants y arriveront sans (malgré) vous !

  2. Comme je te comprends … Je me pose moi-même la question de l’utilité / la possibilité de mettre notre/nos enfants, le jour venu, dans une école publique Freinet. Peut-être pas pour toute la scolarité, mais au moins pour lui/leur montrer quelque chose de différent … Mon chéri est un peu plus dubitatif, mais il dit « pourquoi pas, à voir ».
    A mon avis, vu notre département, ça sera vite vu… 😦

  3. Je te rejoins beaucoup sur ce point. J aimerais vraiment que mes enfants Réussissent à être heureux, plus que « réussir » tout court. J espère parvenir à mixer correctement ces 2 souhaits pour eux, avec les années. J aimerais à la fois les encadrer dans leurs études, et les laisser exprimer leur sensibilité. Je ne veux surtout pas les sur stimuler à coups de soutien scolaire, d ambitions qui ne leur correspondent pas. J aimerais pouvoir leur transmettre le goût de l effort, du travail, de la réussite… Aussi bien pour intégrer une grande école s’ils en ont envie, que pour devenir fleuriste ou guide de haute montagne.

    À propos d’enfant précoce, as tu lu le livre « trop intelligent pour être heureux »?
    L enfant précoce est avant tout un enfant hypersensible… Le mot surdoué est galvaudé, et ne veut rien dire. Je te le conseille
    Vivement!

  4. @Marine

    Appeler ces enfants, des enfants précoces est crétin : ils ont une intelligence supérieure à la moyenne, mais cela ne disparait pas. Les réduire à une « précocité » est crétin. Ils deviendront des adultes à l’intelligence supérieure à l’intelligence moyenne ; ils doivent apprendre à vivre avec cela.

    Une fois dit cela, les enfants précoces sont comme les autres enfants : il y a autant d’enfants précoces que d’enfants précoces et considérer qu’ils sont tous sur le même modèle les rendra aussi inadaptés que de ne pas tenir compte de leur intelligence plus rapide et de leur curiosité insatiable.

    Leur seul point commun est leur niveau d’intelligence abstraite (qui se mesure, hors de tout vocabulaire et de tout niveau culturel familial). Mais il y a autant de variétés de caractères et de tempéraments et de goûts et d’aptitudes qu’il y a de variété dans le reste de la population. Et comme dans le reste de la population, il y a des précoces qui ne veulent pas plus développer leurs capacités que parmi les non précoces : ce n’est pas parce qu’on a l’oreille musicale qu’on veut forcément devenir musicien, qu’on est grand qu’on veut jouer au basket.

    Et le cerveau est un muscle (#humourinside) comme un autre : il peut ne pas se développer, s’atrophier ….

    Et je ne suis pas certaine qu’il sooit plus facile d’être heureux quand on n’est pas TRES intelligent. Je crois que c’est une question de tempérament, de capacité à ne pas se figer sur les échecs, les ratés, les chutes, les choses qui ne vont pas mais au contraire savoir recommencer, repartir, se relever, voir ce qui va….. Pas lié à l’intelligence.

  5. @ Pourquoisecompliquerlavie:

    je ne pense pas qu’on soit en désaccord, en fait. C’est juste que « enfant précoce » a une définition bien différente selon les gens, qui vivent la situation, ou pas… Il y a surement autant de définitions que d’enfants précoces… mais le bouquin arrive pour autant à les définir assez bien.

    Je suis légèrement confrontée à la chose, s’il l’on peut dire… et si vous êtes curieuse, voici la « tentative » de définition que j’en fais: http://unechambreamoi.blogspot.fr/2011/12/hypersensible.html

    Pour moi, c’est surtout une question de sensibilité que de QI, et d’ailleurs le livre que j’ai recommandé (auteur: Jeanne Siaud Facchin) parle très bien de ça: Plus que de QI, il est surtout question d’avoir une conscience exacerbée des autres, des ambiances, atmosphères, qui peut être assez fatigante, emp^cher une relative sérénité d’esproit.

    Il n’est pas forcément plus facile d’être heureux lorsqu’on est moins « surdoué » (rhaaa, j’aime pas ce mot!).. il n’empêche qu’une personne « précoce », « surdouée », « hypersensible », a une toute autre vision de la vie, de l’existence… et ne se réduit pas à quelqu’un qui « a de bonnes notes en maths sans avoir besoin de beaucoup travailler ». Elle peut parfois se sentir inadaptée à la société, à l’école, beaucoup sont en échec scolaire… et il y a pas mal de gâchis!

    http://www.amazon.fr/Trop-intelligent-heureux-Ladulte-surdou%C3%A9/dp/2738120873

    Ce sujet est en tous cas passionnant!

  6. Punaise, j’ai perdu le comm que j’avais mis un temps fou à écrire, parce que mon adresse mail est connue de wordpress, donc il m’a dit que je devais m’identifier, et hop, tout remis à zéro, GRRRR. D’hab, je me méfie et fais un copier avant d’envoyer, quelle erreur.

    En un peu plus court, du coup GRRRRR, j’ai un parcours très très proche du tien, Marie (j’étais la première à dépasser le Brevet, et fait une grande école prestigieuse), mais je n’ai pas du tout senti cette différence sociale ni culturelle avec les autres. Plusieurs raisons possibles à ça : j’étais à Paris, mais dans un quartier très populaire, très mixte ; je me suis blindée en élémentaire et secondaire, donc j’ai pas fait gaffe ; je n’ai jamais fait de complexe là dessus ; j’ai dû me rapprocher instinctivement de ceux qui étaient le plus proches de moi.

    @Marine, je me retrouve très peu dans le modèle « hyperhypersensible » décrit dans ce bouquin (que j’ai lu et pas aimé). Comme @pourquoisecompliquerlavie, je suis persuadée qu’il n’y a pas de modèle unique de surdoué. Pour moi, le décalage, toujours aussi présent à 45 ans, est dans la curiosité extrême et les 1000 envies qu’elle provoque, la rapidité et la façon d’approfondir/analyser tout, de vouloir tout comprendre. Comme je le disais au-dessus, c’est peut-être aussi mon blindage aux autres que j’applique pour protéger ma sensibilité (j’évite pas mal de choses). Mais je ne me sens pas vraiment différente des autres sur ce thème.

    Pour l’éducation de mes enfants (j’en ai 5, de 7 à 21 ans), je les pousse très peu, écoles publiques standard, pas d’activités multiples (3 font de la musique, cependant), beaucoup de jeux (j’adore les jeux), autonomie dans les devoirs (complète entre le CE1 et le CM1, sauf pour un qui a des difficultés). Un seul a sauté une classe. On parle de la surdouance, et je leur propose un test quand ils sont ados, pour mieux se connaître. J’ai poussé mes deux ainés vers des prépas, car ça leur faisait peur à cause des clichés, donc comme je connais, j’ai démystifié le truc, c’est le principal apport que je fais sur leurs études, voila. Sinon on discute de tout, je leur propose des films, des livres… qu’ils ne prennent pas souvent (sauf mon aînée littéraire). On aime bien les jeux d’énigmes, les trucs un peu geeks, les ordis, j’avoue, j’avoue… mais bon, ce n’est pas pour les pousser, c’est parce qu’on est nous-mêmes fans de tout ça, donc chaque parent transmet à sa façon ! (ma famille modeste m’a transmis le goût des jeux en tous genres).

    Bon, finalement, je n’ai pas fait plus court 😉

  7. Comme d’habitude les commentaires sont super intéressants, merci !

    @oelita bienvenue ! Ton mode d’éducation a l’air très sympa en tout cas, et visiblement tes enfants se dirigent vers ce qu’ils aiment, c’est top.

    @Marine En fait, ça rejoint un peu ton article de l’autre jour sur la visite de musées avec les enfants. Je me fiche que M ait une culture encyclopédique, en revanche ça m’importe qu’elle soit familière avec l’art et qu’elle l’apprécie. Je note la référence du livre, je vais essayer de le lire — dans le métro sûrement, j’ai du mal à lire à la maison avec un petit bébé !

    @Petit poison je ne connais pas bien Freinet, ça m’intéresserait d’en savoir plus.

  8. Si tu en as conscience, tu pourras justement faire des choix ou des non-choix (laisser le choix) en conscience. Ce sera différent de le subir par l’entourage sans s’en rendre compte « aaaaah elle n’a pas le dernier Iphone la pauvre »…
    Et si y’a une envie de métier manuel, l’école leur conseillera certaines choses, mais vous serez là aussi… Une marraine aussi peut-être…

  9. @oelita
    Votre témoignage est très intéressant : un adulte ex précoce, devenu surdoué 😉 parle et reconnait que le décalage subsiste.

    C’est à cause de cela que je n’aime pas le terme de précoce (que je trouve hypocrite) : un être pus intelligent que la moyenne, reste adulte plus intelligent que la moyenne. Vous parlez de décalage. C’est normal.

    Un enfant aveugle qui reste aveugle reste décalé par rapport à ceux qui voient. Il peut s’insérer dans le monde (c’est l’objectif de l’éducation) mais il reste aveugle. Il ressent plus certaines choses, moins d’autres. Le nier revient à nier cette spécificité ce qui est aussi injuste que de l’éliminer au motif qu’il est aveugle.

    Le problème des très intelligents c’est que c’est malheureusement à eux de s’adapter. Avec le temps, ils apprennent, plus ou moins.
    Comme vous (blindage ce que d’aucuns ont tendance à prendre pour de l’arrogance), ou d’autres qui gomment ou cachent leurs capacités, ou d’autres encore qui s’isolent.

    Moi, ça a toujours été par l’isolement. Mon grand père qui avait fait après la guerre des études de pédagogies à la Sorbonne a toujours su que j’étais la plus douée de la famille, celle qui lui ressemblait. Il s’est débrouillé pour que j’aie deux ans d’avance dès le début de ma scolarité (CP à 4 ans mais je savais déjà lire) et ensuite mes notes ont interdit au système scolaire de me rétrograder. J’ai donc continué ma scolarité sans rien faire et c’est en 3ème année d’études supérieures que j’ai découvert que JE pouvais redoubler ! C’est là que j’ai commencé à travailler : avant, écouter les cours me suffisait.

    En classe (école publique jusqu’en 3ème) les instit et les profs m’ont toujours traitée à part (j’étais la plus jeune) et mes camarades aussi (j’étais la plus petite). Résultat, je n’avais pas d’amis, de camarades. Cela n’arrangeait rien car au lieu d’être avec mes camarades, j’étais seule et je lisais ce qui augmentait le décalage.

    J’ai été exclue, ce qui m’a appris à vivre sans les autres. Mais je n’ai pas d’appétence pour les autres. Résultat, aujourd’hui ne sont autour de moi que des gens qui pensent aussi vite que moi. Coup de chance, mon fils est au moins aussi intelligent que moi, sa femme aussi, et leurs enfants le seront probablement.

    @marine
    L’hypersensibilité dans ce cas n’est que le mal être que l’intelligence aigüe mais non sérieusement prise en compte, entraîne. Et en traitant qq’un (même enfant) d’intelligent avec stupidité le conduit à disqualifier tous les adultes qui font ça.
    Et croyez moi sur parole, pour un enfant, s’apercevoir que des adultes sont cons, ne réfléchissent pas et imposent pourtant des règles sans autre justification ni raison d’être que « c’est comme ça » ou « tout le monde le fait », cela disqualifie l’adulte et ce n’est pas bon pour l’apprentissage du respect !

    @marie
    Michèle aura une culture encyclopédique, que vous le vouliez ou non.
    Elle sait déjà plus de choses que la plupart des bébés : vous l’avez emmenée au restaurant, à la messe, au musée, faire des courses, elle a pris le train, le métro, le bus, des voitures, elle regarde la TV en français, en anglais et en américain. Elle a déjà rencontré plus d’une centaine de personnes, y compris à des réunions de pleins de gens. La seule chose qu’elle ignore (et encore, elle vient de le découvrir grâce à la co nourrice), c’est qu’il y a des bébés qu’on laisse au clame dans LEUR chambre pour qu’ils dorment (parait-il).
    En résumé elle a déjà appris que la vie, c’est toujours quelque chose de nouveau et que le nouveau, c’est intéressant et pas apeurant.


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