Publié par : Marie | 20 décembre 2011

« Tu verras quand tu auras des enfants »

Tout le monde a déjà entendu ce genre de formule. La dernière fois, me concernant, c’était au moment du meurtre de la jeune Agnès par son camarade d’internat. Je l’ai aussi entendu pas mal, avant d’être enceinte, quand j’exprimais mon opinion sur l’allaitement ou la fessée. Et comme la plupart des gens, ça m’exaspérait tout particulièrement ! Pourquoi une personne sans enfant ne pourrait pas avoir d’avis sur les enfants ? ça me semble aussi bizarre que si on demandait à un médecin d’avoir eu un cancer pour pouvoir traiter des cancers. Dans le même genre, une fille que je connais discutait philosophie avec des connaissances, et s’est vu répondre, en substance « ton avis sur la philosophie n’a aucun intérêt parce que tu es avocat d’affaires ».

Mais depuis quelque temps, je suis confrontée au phénomène inverse : des amis (souvent des hommes), célibataires et sans enfants, qui me posent des questions très précises sur l’éducation que je veux donner à M, et profitent de mes réponses pour me faire la morale et affirmer qu’IL FAUT absolument que je fasse tel ou tel truc. Par exemple :

– Tu vas l’allaiter ?

– Je pense que oui. On verra.

– Attends, c’est SUPER IMPORTANT d’allaiter les enfants, les études ont montré que ça leur donnait plein d’anticorps et que ça renforçait leurs défenses immunitaires ! [et là je visualise les petits personnages-enzymes de la pub Actimel…] Moi ma mère nous a tous allaités, et on a toujours été en bonne santé ! Franchement, je comprends pas les femmes qui allaitent pas leurs enfants.

Ou encore :

-Tu as acheté un stérilisateur pour les biberons ?

– Ben non, les sages-femmes m’ont dit qu’en général ce n’était pas nécessaire de stériliser les biberons, sauf avis médical particulier.

– Quoi ? Ma mère pense que c’est indispensable de stériliser les biberons, tu veux quand même pas exposer ton enfant à des MICROBES ?

– Ben tu sais, il paraît que les microbes se développent justement beaucoup plus vite dans les environnements stériles. Et puis le lait maternel, par exemple, c’est pas stérile mais pas dangereux pour autant.

– Moui. Il faudra que tu demandes aux professionnels à la maternité, quand même.

[in petto : puisque je te dis que c’est eux qui m’ont conseillé de ne pas stériliser les biberons !]

– Et vous prendrez quoi comme eau pour faire les biberons ?

– De l’eau du robinet.

– Mais c’est plein de saloperies l’eau du robinet !

– Tu sais, moi je ne bois que de l’eau du robinet, donc pendant la grossesse elle en a déjà absorbé pas mal… En plus de nos jours l’eau de Paris est très bonne.

Bon, j’en aurais d’autres (le chauffe-biberon, le parc, l’école publique vs privée, l’achat soi-disant indispensable d’une voiture, etc.) mais vous avez compris le principe… Franchement, ma mère et ma belle-mère sont exemplaires pour ce qui est de s’abstenir de conseils intempestifs, alors pourquoi mes amis pensent devoir me faire bénéficier de leur propre sagesse — ou plutôt, souvent, celle de leur mère à eux ?

C’est très gentil de vouloir m’aider à prendre des décisions, mais :

1. la plupart du temps, les conseils arrivent sans que je les demande

2. les mères de mes amis ont, pour la plupart, eu des enfants il y a environ 25 ans, et il y a eu beaucoup de découvertes sur la puériculture depuis (style : faire dormir un bébé dans une gigoteuse fait diminuer significativement les risques d’étouffement par rapport à l’utilisation de draps et de couvertures). Par conséquent, même avec les meilleures intentions du monde et en étant persuadés d’avoir raison, ils risquent de donner des conseils mal adaptés

3. surtout, le conseil ne me dérange pas forcément en soi, ce que je n’aime pas c’est les « IL FAUT » (dédicace Mia), l’idée plus ou moins explicite que je suis une mauvaise mère si j’agis de telle ou telle manière… Et là, j’avoue que ça m’énerve encore plus venant de gens qui n’ont pas d’enfants eux-mêmes, et qui n’ont donc qu’une conception théorique de tout ça. Un peu comme quand un homme m’explique que, « pour le bien des enfants », c’est absolument indispensable que leur mère ne travaille pas

4. je constate quand même que c’est presque exclusivement moi qui me fais emm… avec les conceptions de nos amis sur l’éducation de nos enfants. Mon mari est très peu confronté à l’avalanche de bons conseils. Un peu comme si on pensait que l’éducation des enfants est exclusivement la responsabilité de leur mère…

Donc voilà. De temps en temps, je commence à avoir envie de dire « tu verras quand tu auras des enfants ». Mais je suis bien élevée, je me retiens.

(PS hors sujet : on peut se tutoyer dans les commentaires ! Pourquoisecompliquerlavie et moi nous vouvoyons, mais c’est parce que nous nous vouvoyons dans la vraie vie, pour les autres on peut se dire tu !)

Publicités

Responses

  1. rhhha comme je te comprends!
    moi j’avais un truc assez imparable pour répondre à tous les conseils venant des voisins/collègues/boulangers/etc…:
    j’ai une excellente relation avec mon père, qui est pédiatre… et donc c’était (et c’est toujours) facile pour moi de clouer le bec aux gros lourds avec leurs avis complètement fantaisistes en leur expliquant que j’étais déjà conseillée par une personne compétente.

    C’est vrai que j’ai tendance à suivre les conseils d’UNE seule personne: ceux de mon père (et même pas de ma mère ;-).
    (mon père c’est le meilleur d’t’façons)

  2. Et bizarrement, concernant l’allaitement, ce sont souvent les hommes qui nous font la morale et qui insistent lourdement pour qu’on allaite exclusivement jusqu’à ce que notre enfant passe le bac… Un désir refoulé, sans doute 😉

    En ce qui me concerne, j’ai allaité un mois/un mois et demi, je suis vite passée au complément en biberon, car visiblement mon lait n’était pas assez nourrissant (une heure au sein, et super faim après… youpee…)

    Et d’ailleurs, petite histoire perso : je donne le biberon à température ambiante (et à l’eau d’Evian, oui, j’avoue, je veux bien boire l’eau du robinet, mais pour mon fils, ben j’hésite, oui… bref), et on l’emmaillote la nuit. En racontant ça aux collègues/amis/connaissances, j’ai eu droit à des regards horrifiés et des « oh mais le pauvre gosse !! » ah ben oui, c’est sûr, il est drôlement malheureux, tiens. Je crois que les gens transposent leurs angoisses sur l’enfant…

    Pour conclure, comme me l’a dit une amie : ne fais confiance qu’à toi et à ton bébé.

    Et félicitations pour tout 🙂

    Caroline.

  3. Rire suite à la « dédicace ».
    Bon ben j’ai plus rien à dire 😉
    Si… peut-être que selon les gens tu peux leur dire de façon bien élevée… ou à politesse égale…


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :