Publié par : Marie | 12 décembre 2011

Président de la République ou pilote de chasse

Mon mari et moi parlons souvent de l’avenir de notre fille, des valeurs que nous voulons lui inculquer, de son éducation. Comme le dit mon cher époux, avoir un enfant c’est bien, mais c’est plutôt de l’adulte qu’elle sera que nous devons nous préoccuper.  Quelle personne sera-t-elle à 30 ans ?

C’est très important pour nous qu’elle puisse faire tout ce qu’elle veut de sa vie. Nous voulons absolument qu’elle sache que le fait d’être une femme n’est en rien un obstacle pour devenir astronaute, Président de la République, berger, pilote de chasse, tout ce qu’elle voudra.

Et aujourd’hui deux moments sans aucun lien m’ont refait penser aux pilotes de chasse.

Le premier, c’est un appel de ma mère, qui m’a raconté toute joyeuse qu’elle avait trouvé le livre de Valérie André, « Madame le Général » et avait commencé à le lire. Valérie André est une dame de presque 90 ans qui a été, en 1976, la première femme général de l’armée française. Elle a servi dans l’Armée de l’Air, notamment en Indochine et en Algérie. Elle est très active dans les groupes de réflexion de l’armée sur la féminisation.

C’est aussi une parente éloignée de ma mère. Elles ne se sont jamais rencontrées, mais ma mère m’a toujours raconté qu’elle avait une grande-tante général, et ça m’a toujours fascinée. D’ailleurs, pour je ne sais quelle raison, moi l’intello pacifique, je suis fascinée par les histoires d’aviatrices, de femmes militaires…

Et donc, ma mère me raconte que, dans le livre, Valérie André revient sur son enfance dans les années 1920-1930, au sein d’une famille de 9 enfants. Un jour où la petite Valérie va faire les courses pour la famille, sa mère lui aurait dit « prends 12 côtelettes, 6 petites et 6 grandes ». La petite fille demande « pourquoi des petites et des grandes ? » « Les petites pour les filles, les grandes pour les garçons », répond sa mère. Valérie va faire les courses et revient avec… 12 côtelettes moyennes. De même, me raconte ma mère, elle a organisé une révolution domestique pour que les corvées ménagères, allouées uniquement aux filles de la famille, soient dorénavant partagées à égalité avec ses frères.

Par la suite, la jeune Valérie fera des études de médecine, qui la mèneront à encadrer médicalement des formations de parachutisme. Elle essaiera le parachutisme et voudra devenir pilote militaire. C’est interdit aux femmes dans les années 1940, mais l’interdiction sera levée avec la guerre d’Indochine. (bon, je ne vais pas faire une biographie complète, il y a pas mal d’infos sur elle sur Internet si ça vous intéresse).

Je suis très impressionnée par le parcours de cette femme, tous les obstacles qu’elle a surmontés, les dangers qu’elle a affrontés. Je pense qu’elle sera un des modèles que ma mère et moi voudrons proposer à ma fille. Et puis, même si nous ne l’avons jamais rencontrée, le fait qu’elle soit une tante éloignée me la rend un peu plus proche, un peu plus réelle…

Et ce soir, alors que je repensais à ça, je tombe complètement par hasard sur ce documentaire sur les femmes pilotes de chasse. Il se dégage de ces femmes plein d’énergie, de bonne humeur, de sens du travail bien fait. Evidemment, un réalisateur de documentaire sur des femmes pilotes de chasse essaiera de faire ressortir ce qui les distingue de leurs camarades masculins, et les femmes du documentaire se prêtent plus ou moins au jeu. Mais à écouter Anne-Laure, qui commande un escadron au Tchad, j’en retire plutôt l’impression que, oui, OK, elle est une femme (un bikini rose sèche dans sa chambre et on apprend que certains de ses hommes la surnomment « Maman »), mais elle est avant tout capitaine de l’Armée de l’air. Elle a une responsabilité importante envers son escadron, et tout le monde, elle la première, se fiche de questions de genre une fois sur le terrain.

J’aime bien cette attitude. Oui je suis une femme mais on ne va pas en faire toute une histoire, on a du travail sérieux qui nous attend. C’est le comportement que j’ai essayé d’adopter au bureau, à mon petit niveau, pendant ma grossesse. Il me semble qu’il existe beaucoup d’injustices graves envers les femmes, et qu’il faut les combattre, mais que ça implique aussi de ne pas se cacher derrière sa féminité pour en faire moins qu’un homme dans une situation similaire. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux, réclamer l’égalité et jouer la faible femme quand ça nous arrange…

Et donc, tout ça pour dire ? Que je réfléchis beaucoup à mon rôle de mère. Aux femmes autour de moi (et aux hommes, aussi) qui m’inspirent et que je veux faire connaître à ma fille, pour lui permettre de choisir sa voie parmi toutes celles possibles, ou d’en créer une entièrement nouvelle si elle le souhaite.

Et dans cinq ans, il y a fort à parier que je m’arracherai les cheveux devant son obsession du rose, des paillettes et des poneys 🙂

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Responses

  1. J’espère bien qu’elle aimera AUSSI les trucs de fille !
    Parce que :
    1 – on peut être chef d’escadron et avoir un bikini ROSE
    2 – il est aussi sot d’interdire le rose qque de l’imposer
    3 – avec des parents comme vous deux, être une fille sera génial : elle pourra faire tous les trucs dits de mecs et en plus tous les trucs dits de fille alors que quoi qu’on en dise, quand un garçon fait des trucs de fille, ça fait …. bizarre. Si votre fille me demande de lui apprendre à tricoter, cela me paraîtra plus normal que si c’est un fils. Idem pour la couture et la broderie.
    En réalité, aujourd’hui en france, dans nos milieux qui ne font pas de différence professionnelle, c’est géant d’être une femme : au boulot, j’ai des responsabilités de mec et à la maison, je couds des robes de baptème et des déguisements de robe de mariée, je tricote, je brode …. parce que j’aime ça et que cela me détend.

    En fait, le vrai problème avec l’éducation des filles, c’est qu’il faut leur apprendre à ne pas plaire. Plaire dans tous les sens du terme : ne pas chercher à plaire aux garçons et aux hommes, ne pas plaire à leurs professeurs, ne pas plaire à leur patron, bref avoir la capacité, comme les hommes, de se moquer de ce que pensent LES AUTRES, de ne pas douter de soi, de se battre pour avoir ce qu’elles veulent et non pas d’espérer qu’on le leur donnera.

    Je pense à ce que disait un jour David Abiker : nous, femmes, pouvons aujourd’hui tout faire, alors faisons-le au lieu d’attendre qu’on nous donne le truc. Dans les entreprises, les promotions sont plus pour les hommes parce qu’eux passent leur temps à réclamer une promotion, nous nous attendons qu’on nous les présente sur un plateau. Les augmentations sont plus pour eux parce que eux n’ont pas PEUR de les demander. Nous, nous avons peur. De ne pas avoir, de déplaire, de rater, de tout ….

    Les femmes qui nous ont montré le chemin sont des femmes qui n’avaient pas peur.

    Il faut dire, écrire ce qu’on veut et se battre pour l’avoir

    • Pour ce qui est de la couture et de la broderie, vous savez que je déléguerai entièrement ces domaines à sa grand-mère ! Si M s’y intéresse, je pense que vous vous amuserez beaucoup toutes les deux ! De même pour plein d’autres choses : par exemple, nous ne skions pas, mais ma meilleure amie aime beaucoup ça et si ça lui dit, ce sera top que M apprenne avec elle !
      Sur le fait de plaire, j’ai lu le compte-rendu d’une étude, dont je ne retrouve plus le lien, qui montre que les petits garçons et les petites filles sourient à peu près à la même fréquence sur les photos jusqu’à 4 ans environ. Ensuite, les petites filles se mettent à sourire beaucoup plus souvent que les petits garçons, parce qu’il est moins admis par l’entourage qu’une petite fille fasse la gueule plutôt qu’un petit garçon… j’ai lu ça et pas pu m’empêcher de penser à toutes les fois où un membre quelconque de ma famille a pris des photos en me disant « mais souris, enfin ! » « cheese » ou autre…

    • « quand un garçon fait des trucs de fille, ça fait …. bizarre. Si votre fille me demande de lui apprendre à tricoter, cela me paraîtra plus normal que si c’est un fils. Idem pour la couture et la broderie. »

      Quand j’étais petit j’ai demandé à ma mère de m’apprendre le tricot et la couture, et elle trouvait pas ça bizarre! 😉

  2. J’aime votre réflexion que je partage tout à fait !
    l me semble que dans ce chemin d’offrir le choix à nos enfants, sans discrimination sexiste, c’est notre propre nconscient, nos automatismes, nos préjugés, qu sont nos pires ennemis …
    Anecdote : au début de ma grossesse, imaginant que la belette était un garçon, nous avions pensé lui donner en deuxième prénom celui de mon grand-père, un homme que j’admire énormément. On apprend que c’est une fille, première réaction concernant ce prénom, flûte, il faut y renoncer … mais pourquoi au fait ? On ne peut pas être inspirée par la vie de grands hommes si on naît femme ? Alors finalement on a féminisé le prénom, et on lui expliquera d’où il lui vient.

  3. alors là, j’aurais juste un mot à dire: j’aime beaucoup le commentaire de « pourquoi se compliquer la vie ».
    Vraiment!

  4. Juste une question poil à gratter, parce que sur le fond, tu sais combien je suis d’accord avec toi et avec le premier commentaire : Tout ce qu’elle veut, ça veut aussi dire femme au foyer si elle le désire ? 😛
    Bonne fin de grossesse, plein de pensées à vous trois !

    • Héhé ! Si elle le veut vraiment, oui, je pense. Ce serait pas le choix qui me plairait le plus, mais si elle le fait en connaissance en cause, en sachant toutes les autres options dont elle dispose, je suis qui pour m’y opposer. D’autant plus que, a priori, elle sera majeure à ce moment-là, et les opinions des parents n’ont pas à s’imposer aux enfants majeurs !
      Ce qui m’ennuierait, c’est qu’elle devienne femme au foyer sous la pression de son mari/compagnon, ou par défaut parce qu’elle n’aurait pas trouvé de mode de garde pour ses enfants. Mais même dans ce cas-là, je ne vois pas très bien ce que je pourrais y faire…

  5. Ton billet me parle car je suis « confrontée » à ces questions aux quotidiens. Sauf que je ne laisse pas mes bikinis roses sécher dans mon bureau.

    Du coup j’ai pensé au futur, à quand je serais enceinte, par rapport au boulot et tout ça. Je suis d’accord de ne pas se cacher derrière sa féminité ou de jouer la carte de la différence « quand ça nous arrange ». Mais dans ce cas, concrètement, on est différente. On a 10 kg de plus dans le ventre, qui ne sont pas de la bière… et ça a un impact physique et psychologique. J’entends beaucoup de « ménage toi, arrête toi, prends soin de toi, mais dis stop, dis non » de filles à d’autres filles. Je le comprends mais je comprends aussi l’attitude de celles qui foncent pour rester « les égales ». Car j’aurais un côté qui aurait tendance à faire pareil…
    Bref, tout ça pour dire qu’aujourd’hui je ne sais pas comment je réagirais et que si tu as réussi à être toi-même « même enceinte », je t’admire !

    Quant au commentaire de pourquoisecompliquerlavie, il m’a fait réfléchir aussi, sur la notion de « plaire ». Est-ce que je suis ce que je suis car ce n’était pas du tout un objectif quand j’étais plus jeune ?
    Ce qu’elle appelle « ne pas avoir peur », je dis parfois « oser ».

    Merci

  6. […] Ce trait d’humeur m’a été inspiré par Marie dans ce billet, présidente de la République ou pilote de chasse. […]


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