Publié par : Marie | 25 août 2011

Sexisme et puériculture

Ce n’est pas le premier billet que j’écris sur le sujet, et je sens que ce ne sera pas le dernier. Etre mère et féministe, c’est fabuleux : on découvre à quel point le monde de la puériculture est en retard sur les représentations des hommes et des femmes…

C’est génial, qu’on soit la mère, le père ou l’enfant, personne n’est épargné.

Pour la mère :

Une mère, sachez-le, c’est un être infantile, juste assez évolué pour pouvoir comprendre quelques messages simples, et notamment : tout ce qui touche à votre enfant est votre responsabilité exclusive.

Après que j’ai envoyé ma déclaration de grossesse à la Sécurité sociale, j’ai reçu en retour le petit livret qu’ils envoient aux femmes enceintes. ça commence avec le langage infantilisant style « vous allez être maman » : ma fille a de grandes chances de m’appeler Maman, effectivement. Mais pourquoi qui que ce soit d’autre devrait m’appeler Maman ? Quand je me suis mariée, la population générale ne s’est pas mise à m’appeler « ma chérie », que je sache ?

Et puis il y a la propagande pro-allaitement sur deux pages, avec comme argument « allaiter votre enfant, c’est bon pour son développement… et votre ligne ! ». Qu’une administration publique me fasse passer des messages relatifs à la santé de mon enfant, je comprends bien, mais le ton « presse féminine » employé pour parler du fait de retrouve ma ligne, non mais de quoi je me mêle…

Idem pour les documents de la ville de Paris et du gouvernement que la maternité m’a remis. J’ai reçu notamment « le livre bleu », qui a son site web, si vous êtes curieux. Dans l’édition papier, de petites illustrations accompagnent les divers chapitres. A titre d’exemple, dans la section consacrée à la prévention des accidents domestiques chez les jeunes enfants, l’adulte qui supervise l’enfant sur les images est une femme sur TOUTES les illustrations. Comment mieux faire passer l’idée que la sécurité physique des enfants est la responsabilité exclusive des mères, et que c’est à cause de leur négligence que des enfants se noient, s’électrocutent ou s’empoisonnent ?

Sur l’allaitement, même combat que la Sécurité sociale. Je vous laisse juger ici : longue litanie d’exhortations à allaiter, suivi d’un petit paragraphe qui explique que, bon, si vous ne voulez ou ne pouvez VRAIMENT pas, on peut éventuellement envisager le lait en poudre. Je me demande ce que pensent les mères qui ne peuvent pas allaiter, par exemple du fait de problèmes de santé, quand elles lisent ça.

Pour le père : 

Evidemment, le pendant de « vous allez être maman », c’est… « vous allez être papa ».

Les publications gouvernementales et de l’assurance maladie parlent très peu des pères, probablement par délicatesse pour les mères célibataires. Si j’étais mauvaise langue, j’ajouterais « aussi parce que les pères ne sont pas censés s’impliquer plus que ça dans l’éducation de leurs jeunes enfants », mais je n’en sais rien après tout.

L’industrie de la puériculture, en revanche, a sa petite idée sur la place d’un père… L’autre jour, je déambulais dans un magasin de puériculture, sans penser à mal, je le jure, je cherchais juste une poussette. Je suis tombée sur une « assiette évolutive » vendue par une grande marque de puériculture. Comme je ne comprenais pas très bien le concept de l’assiette évolutive, j’ai regardé la description du produit…

"Papa" doit être manchot, je suppose...

Pour l’enfant :

Vous avez le droit de penser que j’exagère quand je parle des pères et des mères. Après tout, nous sommes assez grands pour ne pas tenir compte des propos sexistes des uns et des autres autour de nous, et il y a des combats féministes plus importants dans la vie.

Mais pour ce qui concerne les enfants, les stéréotypes sexués sont omniprésents : dans les vêtements, les jouets, les livres pour enfants, les activités sportives qui leur sont proposées… Et les enfants, contrairement aux adultes, ne peuvent pas savoir que ce sont des stéréotypes. Par exemple, j’ai passé mon enfance à lire de chouettes bouquins progressistes des années 60 comme Martine (la parfaite petite maman qui s’occupe de son intérieur comme une grande) ou le Club des cinq (où le seul personnage féminin intéressant est systématiquement décrit comme « garçon manqué »). Résultat, quand je jouais avec mes Barbie (encore un modèle féminin !), les seuls métiers que j’imaginais mes poupées pratiquer étaient maîtresse d’école ou secrétaire…

Et ça commence très tôt. Vous vous souvenez peut-être des bodys Petit Bateau sexistes. Eh bien, très sincèrement, je trouve injuste que Petit Bateau ait été spécifiquement épinglé. Parce que des vêtements et accessoires sexistes, il y en a plein les rayons de magasins pour enfants.

Il y a quelques jours, en sortant de mon rendez-vous chez l’échographiste, j’avais un peu de temps avant un autre rendez-vous et je suis allée au rayon enfant du BHV. Maintenant que je savais que nous avions une fille, je voulais marquer le coup et lui acheter, le jour même, son premier vêtement « de fille », une jupe ou une robe.

Je passe dans les rayons et tombe d’abord sur ces gigoteuses :

"Ma voiture"

"Ma poupée"

Euh…

Un peu plus loin, le rayon jouets. Il y a des peluches et des jouets d’éveil pour tous-petits pas classés par sexe, des « jouets garçons » (jeux de construction, mini-outils, figurines de héros divers, petites voitures, petits trains…) et puis il y a un rayon presque intégralement rose : les « jouets filles », évidemment. On peut trouver là des poupées habillées en rose pastel et, pour faire bonne mesure, deux ou trois poupons habillés en bleu pastel, pour les petites filles qui auraient l’idée saugrenue de jouer à la maman, certes, mais avec un bébé garçon. A noter que les poupons et les poupées sont aussi, presque tous… blancs.

Je grogne, je me promets d’en faire un article, mais ne perdons pas de vue l’objectif initial, trouver une fringue mignonne pour ma fille. Je parcours les rayons de vêtements en 3 mois et 6 mois, à la recherche d’une jolie robe ou jupe.

Eh bien, croyez-moi ou non, en une demi-heure de recherche sur tout l’étage « enfants » d’un grand magasin parisien, je n’ai pas trouvé une seule robe ou jupe en 3 mois ou 6 mois qui soit dépourvue à la fois de la couleur rose et du mot « princesse ».

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Responses

  1. je partage ton analyse et ton étonnement…

    en fait pendant ma jeunesse, et avant d’avoir un enfant (jusqu’à mes 26 ans donc), je n’ai jamais vraiment ressenti les différences hommes-femmes, du moins dans leur aspect, sexiste, discriminatoire pour les femmes.
    Pour mes études, pour ma vie en général… je ne me suis jamais trop sentie, intellectuellement ou moralement, traitée différemment en tant que femme… ou alors pour des détails.

    Et c’est en devenant mère que j’ai découvert cet autre monde. Je me suis toujours sentie féministe… en devenant mère j’ai mieux compris que je continuerais à l’être.
    La vie d’une femme s’enrichit avec la maternité, mais se complique beaucoup aussi: les problèmes de crèche, de garde d’enfants, d’horaires au boulot, de préjugés de la société sur les rôles père/mère, de jugement de la part des autres, de choix personnels, de culpabilité, d’éducation, de partage des tâches, de place dans le couple… tous apparaissent vraiment à ce moment-là. Et on est beaucoup plus renvoyée à notre condition de femme qu’auparavant.
    Les cartes sont redistribuées, et en tant que femme on a, soudain, bcp plus à prouver, à justifier, à compenser.
    C’est une vraie découverte, qui m’a beaucoup marquée. On s’y fait petit à petit, on se bat sur certaines choses, mais on s’adapte aussi…

    quant aux jouets « sexués », j’apprécie beaucoup le site OXYBUL (ancien Eveil et Jeux); aucun de ses jouets ne sont sexués, ou classés dans des rubriques « fille » ou « garçon ». C’est assez rare pour être noté…
    Je n’ai rien contre les jouets aspirateur ou fer à repasser… mais je DETESTE avoir à les trouver au rayon fille uniquement.

  2. Je n’ai pas encore d’enfant et ce n’est pas prévu au programme pour le moment, mais je me sens concerné quand tu parles des livres pour enfants, c’est un sujet sur lequel je me suis penchée récemment. Je travaille dans une bibliothèque pour enfants, et j’hallucine devant certains livres. Parfois, on en est encore au niveau de « Martine petite maman ». Clairement, c’est un critère retenu pour les acquisitions : hors de question d’avoir des livres ouvertement sexistes à la bibliothèque.
    Mais je me suis rendue compte que j’avais tendance à rentrer dans certains stéréotypes et à proposer un peu trop vite des « histoires de garçons » (pompiers, pirates, chevaliers, etc) et des histoires de filles (princesses, danseuses)… Mais en ce moment, je me soigne, je suis en train d’élaborer une bibliographie de livres pour enfants non sexistes pour mon blog et j’y fais particulièrement attention. Mais même quand on se considère comme féministe, on a vite tendance à véhiculer certains stéréotype, il faut rester vigilant !

    • Je suis tout à fait d’accord. En fait, je pense que c’est en regardant un ensemble de livres (jouets, fringues, etc) qu’on arrive à se rendre compte de certaines choses. Parmi les 10, 20, 50 derniers livres lus par mon enfant, quelle proportion avait des personnages masculins et féminins intéressants, quelle proportion traitait de tel ou tel thème…
      Après, je pense aussi que les enfants sont soumis (et heureusement) à toutes sortes d’autres influences que celles de leurs parents, et qu’on ne pourra jamais contrôler entièrement les films, livres, jouets qu’ils rencontrent. En revanche, on peut tâcher d’exercer leur esprit critique…
      Du coup, est-ce que tu as des conseils de bons livres pour enfants ? (j’ai l’impression que tu n’as pas mis de lien vers ton blog)

  3. je ne sais pas si tu connais le blog « Les Mamans Testent ».
    Marie est une instit de 30 ans, elle a 3 enfants, et écrit sur ce blog des posts hi-la-rants et très instructifs.

    voici le lien vers sa rubrique « livres pour enfants »
    http://www.mamanstestent.com/search/label/Livres%20pour%20nains

  4. Je vais dire un truc qui risque de sembler affreux, mais j’ai cliqué sur les liens « combats féministes plus importants dans la vie » (les trois, et j’en ai eu une bonne nausée). Et bien que je comprenne ce que tu as voulu dire, il me semble qu’agir pour une société plus équitable et moins misogyne partout dans le monde ne peut pas desservir le combat de ces personnes (à condition qu’on soit aussi capable de s’informer et d’essayer d’agir, alors que la problématique ne nous touche pas d’aussi près que celle de ce que la société apprend à nos enfants). Je suis convaincue que plus de femmes pilots d’avion, sénatrices et patronnes ne peut qu’être un progrès pour les droits de toutes les femmes (même s’il y a des femmes encore moins progressistes que certains hommes, mais je crois en les exemples …)

  5. Je ne peux qu’appuyer les « non aux il faut du bleu pour les garçons, du rose pour les filles et une maquilleuse pour une mariée » (mince, ça m’a échappé).

    Concernant l’alimentation et la maman, c’est peut-être le seul point où je suis moins catégorique vu que je trouve bidon l’argument « non ma femme n’allaitera pas comme ça moi aussi je pourrais participer ». Car le père peut participer de 1001 façons (bain, couches…)

    Mia, « patronne 🙂 d’hommes » – qui bosse 3 fois plus que dans la journée type d’un couple d’un de tes liens

    PS on a sûrement suffisamment d’énergie pour tous les combats !

  6. regarde Marie ce que je viens de trouver:
    http://www.adequations.org/IMG/pdf/LivretLitteratureNonSexisteAdeq.pdf

  7. Je te cite :
    « Après que j’ai envoyé ma déclaration de grossesse à la Sécurité sociale, j’ai reçu en retour le petit livret qu’ils envoient aux femmes enceintes. ça commence avec le langage infantilisant style « vous allez être maman » : ma fille a de grandes chances de m’appeler Maman, effectivement. Mais pourquoi qui que ce soit d’autre devrait m’appeler Maman ? Quand je me suis mariée, la population générale ne s’est pas mise à m’appeler « ma chérie », que je sache ? »
    DANS MES BRAS !
    (En tout bien tout honneur, naturellement).
    J’attends mon deuxième enfant, et on m’en rebat les oreilles, du « la maman » par-ci, « la maman » par-là. Quand on parle à mon fils, OK, c’est plus simple pour lui. Mais dans des courriers administratifs, médicaux ? On se fout de qui ?
    Quant aux magasins de jouets… J’en connais un seul, dans ma région, qui n’ait pas un rayon fille et un rayon garçon (et je le fréquente avec joie). Pour l’un des autres, c’est si caricatural que je l’ai rebaptisé « le temple du sexisme ».

  8. @Marine : merci pour les liens ! Je suis en séminaire boulot, ça va me faire de la lecture !

    @Le petit poison rouge : tu as raison. Parfois je me trouve futile de m’énerver sur le langage sexiste, dans une société où les femmes ont plein de droits. Mais effectivement il reste des tonnes de choses à faire, aussi, dans un pays comme la France.

    @Mia : la participation du père dépend beaucoup de la personnalité du père, je trouve (peut-être plus que la participation de la mère, qui est sûrement plus « normée », surtout si elle allaite son enfant). Mon mari et moi avons la chance qu’il ait un emploi du temps flexible, qui lui permettra de s’investir quand et comme ça lui conviendra, sans avoir à réduire le temps passé avec sa fille du fait de son boulot — ce qui arrive à plein de mes collègues hommes, qui doivent rentrer tard, peuvent peu voir les enfants et en souffrent beaucoup.

    @Anna Musarde : je suis contente de ne pas être la seule à ressentir ce « maman » comme ça ! En en discutant avec des amies, elles ne voyaient pas où était le problème…


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