Publié par : Marie | 15 août 2011

Maman

Cet été, je me suis mise à lire beaucoup plus de non-fiction que d’habitude. J’aime beaucoup lire, et en général je lis beaucoup d »articles (merci l’iPhone dans le métro), et pour le reste, des romans. Des blogs aussi, mais peu de blogs de mères, sauf si elles parlent surtout d’autre chose. Je ne sais pas, j’imagine que, le bébé n’étant pas encore né, j’ai moyennement envie de me faire peur avec les histoires (souvent drôles, hein) de caprices d’enfants, de réveils nocturnes, de perte de vie sociale… Je suis (encore) une sans-enfant, avec pas d’appétence particulière pour les couches.

Et je suis surtout une intello. En ayant un enfant, j’ai peur de toutes sortes de choses : qu’il lui arrive un accident, une maladie, que mon mari et moi n’arrivions pas à l’élever et à le rendre heureux, que nous ne nous en sortions pas financièrement. Mais aussi, et je me sais que c’est snob, j’ai peur de régresser intellectuellement si je me focalise uniquement sur les soins très concrets à donner à un bébé, même en reprenant le travail à plein temps dès la fin de mon congé maternité.

Attention, je ne pense pas qu’être mère abêtit forcément, ni que les mères au foyer sont ou deviennent stupides, ni quoi que ce soit de ce genre. En fait, j’ai beaucoup d’admiration pour les mères au foyer, un peu comme j’ai beaucoup d’admiration pour les femmes pilotes de chasse : comme pour des gens qui ont choisi une carrière remarquable, pour laquelle je ne me sens pas d’aptitude.

En fait, j’ai longtemps pensé que je n’avais pas d’aptitude à être mère. Une mère, c’était dans mon esprit quelqu’un comme ma mère. Ma mère a une très belle écriture manuscrite que j’étais très fière d’avoir sur mes étiquettes de cahier. Ma mère ne laisse jamais les lessives et le repassage en plan, et fait ça bien mieux que moi — d’ailleurs elle n’a jamais voulu m’apprendre, et je lui rapportais régulièrement du linge sale en rentrant les week-ends quand j’étais étudiante… à 500 km de chez mes parents. Ma mère n’aime pas cuisiner, mais elle le fait quand même, tous les jours, et le résultat est tout à fait honorable. Ma mère est la seule personne que je connaisse qui arrive à comprendre quelque chose à la Sécurité sociale.

Pire encore, une mère, ça pourrait être quelqu’un comme ma grand-mère. Ma grand-mère qui n’a presque plus travaillé après la naissance de son premier enfant. Qui a passé toutes ses journées, en se levant aux aurores, à s’occuper de ses enfants puis de ses petits-enfants qu’elle a gardés pendant que nos mères travaillaient. Qui nous a emmenés à l’école et recherchés, qui nous a fait à déjeuner tous les midis sans jamais accepter l’idée d’une cantine scolaire, qui nous a préparés nos goûters pour les jours d’école et des gâteaux pour les mercredis avec des copains. Qui a recousu nos boutons, tricoté des pull-overs. Qui a prié pour nous tous les jours — oui, en plus d’être parfaite, elle était très pieuse. Elle a abandonné ses ambitions personnelles pour sa famille, dès très jeune, quand elle a renoncé aux études d’institutrice qu’elle voulait faire parce que ses vieux parents avaient besoin d’elle. Avant de s’occuper de mon cousin et de moi, elle a passé des années à prendre soin de ses parents, sans reconnaissance particulière de leur part. Pendant ce temps, ses frères et soeurs avaient des carrières.

Je pourrais citer d’autres exemples de mères autour de moi. La mère de mon ami F, par exemple, qui a toujours estimé — et mis en pratique — que sa famille était le plus important. Elle a travaillé, mais s’est surtout assurée que ses enfants puissent poursuivre leurs ambitions et leurs intérêts. Ils ont fait tous les deux de très bonnes études et c’est sa plus grande fierté.

Bon. Eh bien je suis incapable d’être aucune de ces femmes que j’admire. Mais, que je le veuille ou non, ce bébé a décidé que j’étais sa mère. Alors j’essaie de trouver, dans d’autres exemples de femmes et dans mes propres instincts, comment je peux être une mère, une bonne mère, en restant moi-même. Et notamment, en restant une intello carriériste.

ça me prend pas mal de temps, et je m’aperçois que, même quand je lis des livres qui ne parlent pas de maternité, je réfléchis à l’éducation de notre enfant. Par exemple, en ce moment, je lis Triumph of the city, par Ed Glaeser, un économiste qui explore les raisons du succès des grandes villes, et les moyens pour ces grandes villes de rester ou redevenir attractives à l’avenir. Il s’intéresse notamment à l’empreinte écologique des grandes villes et à leur rôle dans la production de nouvelles idées, la mise en relation d’individus dynamiques et la réduction de la pauvreté. C’est un livre passionnant, que je recommande chaudement aux anglophones parmi vous. En le lisant, je réfléchis à la décision que nous avons prise d’élever notre enfant à Paris. Loin de la nature, des jardins, du confort d’une grande maison, mais tout proche d’un grand choix d’écoles, d’activités culturelles, de sports possibles, d’amis potentiels.

Je serais incapable de déménager à la campagne pour élever notre enfant dans une grande maison avec jardin. Mon mari encore moins que moi. Mais à notre façon, comme nous pourrons, nous allons tâcher d’être les meilleurs parents urbains et actifs que nous pouvons être pour notre enfant.

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Responses

  1. […] mes lectures récentes, il y a un livre d’Elisabeth Badinter — oui, je sais. « L’amour en […]

  2. tu verras, ce sera passionnant de te découvrir mère, petit à petit.

    Et intellectuellement, voici mon avis: en étant un peu optimiste et en ayant de l’estime pour toi-même, tu te diras peut-être que la maternité ne t’affaiblit pas, ne t »abétit » pas, ne t’enlève rien: elle t’apporte, toujours plus. Même pendant les moments routiniers, manuels ou basiques, même pendant les moments pourris ou terriblement énervants liés à l’éducation.
    Du moins, c’est ce que je me dis.

    Je suis curieuse de nature, et la maternité est pour moi une nouvelle discipline à apprendre, passionnante, et qui n’a rien de facile.

    • C’est vrai que c’est l’impression que j’ai en lisant ton blog (c’est pour ça que j’ai toujours bien aimé le lire…). On verra bien ce que ça donnera — et puis, l’intérêt de l’éducation des enfants, c’est qu’ils sont de plus en plus intéressants en grandissant ! 🙂

  3. J’ai lu et relu ta note, en cherchant que dire de plus, alors que j’ai l’impression que toutes tes qualités de future mère sont déjà là, entre les lignes. Derrière ta volonté de rester toi-même, je vois déjà que tu seras un super exemple pour tes enfants (j’utilise le pluriel à cause du titre du blog 😉 , l’exemple de quelqu’un de bien, mais qui sait ce qu’elle veut et qui se donne à fond pour y arriver. Derrière toutes tes questions, on sent déjà tout ce que tu peux apporter à ces enfants, comme ouverture intellectuelle…

    Pour le coté pratique, j’ai un ami qui a trois enfants, et qui tient beaucoup à leur donner une éducation artistique précoce. Il m’a expliqué que lui et sa femme les emmenaient au musée tous les premiers dimanches du mois (c’est gratuit, donc, si ça ne « prend » pas, ce n’est pas grave. Et à quatre ou cinq, ça fait un budget en moins) , en leur préparant une petite activité. Par exemple, au musée d’art classique, ils devaient chercher les représentations des animaux dans les tableaux… D’après lui, le succès est garanti !

  4. En lisant ton billet, j’ai eu un peu le même sentiment que quand j’avais découvert ton blog de mariage… ressemblance… de nos mamans (car moi non plus, la sécurité sociale, les ordonnances et tous ces trucs pas drôles je n’y pige rien)
    Et ma grand-mère qui a renoncé à l’école pour travailler avec ses parents…
    Bref…

    Je pense qu’on a des similitudes dans nos relations avec nos boulots, ce qui entraîne ce genre de questionnement… Je me dis qu’on peut être « que » mère (ce n’est pas péjoratif car c’est/ça peut être réellement un boulot à plein temps), qu’intello carriériste ou intello carriériste qui a des enfants. Et que la 3° solution allie les deux… et j’aime les compromis… Mais je me demande parfois si je ne me surestime pas un peu en imaginant « masteurisé » dans les 2 domaines… ou si je n’en « raterai » pas un (et y’a qd même la vie d’une autre personne dans l’un »…)

    Pour alimenter ta réflexion, je te conseille « tout sur la mère » : http://mybabytrip.free.fr/?p=401 (non ce n’est pas un magasin féminin)
    Bientôt mes pérégrinations suite à cette lecture.

    Des copines m’ont dit que « réfléchir » était plus difficile à la reprise du boulot. Qu’on perdait l’habitude… #non, n’aie pas peur !# Mais je me dis « qu’il suffit » d’essayer de conserver d’autres activités annexes. Y’a pas que le boulot non plus ! La lecture, les conversations de grand (pas sur les petits), les associations, les passions diverses et variées…
    Du genre « lire la doc de l’appareil photo », s’y plonger, progresser… Ca fait travailler les neurones (tout en faisant des plus belles photos du bébé 😉 )
    C’est sûr que ça doit être plus dur pour une maman « proche » que je connais qui depuis 2 ans 1/2 : s’épile à la pince à épiler, lis la presse people et joue au solitaire sur le PC (et s’occupe de son fils)… Ne pas juger… c’est mal…

    Enfin, le lieu de vie ne fait pas tout. Par exemple, je pense que l’alimentation est aussi importante (pas dans le sens « pied d’égalité », dasn le sens « autre domaine »). Du coup il est presque préférable d’habiter à Paris, de bien manger, d’aller au vert dans des parcs que d’habiter dans la cambrousse ou en maison et de très mal manger ou de passer son temps devant la télé… Oui c’est mon côté « vois le verre plein »… Et aussi parce qu’on cherche un appart… alors qu’on s’est posé la question pour une maison et tout ce qui va avec…

    PS : +1 sur le commentaire de Petit Poison…

  5. @Le petit poison : alors ça, c’est vraiment très gentil. Merci. J’aime beaucoup ton idée pour les expos aussi, il n’y a pas de raison que ce soit une expérience uniquement passive pour les enfants !

    @Mia : Les grands esprits se rencontrent, je suis justement en train de lire le « Tout sur la mère » ! J’en parlerai sûrement ici, à suivre…

  6. De rien, je ne fais que mettre le doigt sur ce que toi, tu dis 😉
    Pour les expos, d’après mon ami (et ça me semble logique), ça leur permet d’apprivoiser le musée et l’Art à leur rythme … Et puis, à leur âge, ils sont encore peu enclins à se poser pour admirer, alors ça leur donne un but 🙂
    Et puis, si on choisit bien l’activité, ça fait une excellente introduction : par exemple, qui a dit qu’on ne pouvait pas trouver d’animaux dans des tableaux cubistes ? Ce qui devient marrant, c’est quand un enfant voit l’animal dans un tableau abstrait, et pas les parents … Bref, ça en fait des sujets de réflexion !

  7. @ Petit Poison : ça marche aussi pour les papas les jeux dans les musées ? 😉
    En vrai, il n’y ait pas réfractaire. Mais on n’en fait malheureusement pas assez à notre goût…
    Moi je suis du genre « à fond comme dans les sorties scolaires » dans les visites… Lui un peu moins…

  8. […] donc, tout ça pour dire ? Que je réfléchis beaucoup à mon rôle de mère. Aux femmes autour de moi (et aux hommes, aussi) qui m’inspirent et que je veux faire […]


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