Publié par : Marie | 16 janvier 2011

Le triptyque de la Parisienne

Les Parisiennes (enfin, celles que je connais) ont trois grandes obsessions dans la vie. Non, pas le shopping, et puis quoi encore ! Trois grandes obsessions sérieuses, trois némésis qu’elles poursuivent : l’Appart, le Job, le Mec (présentés ici dans l’ordre alphabétique, une hiérarchisation par ordre d’importance ne serait pas pertinente).

 

L’Appart : vivre à Paris coûte cher. Même au 6e sans ascenseur. Même en coloc. Même dans 18 m². Même en émigrant au-delà du périph.

Mais les prix du marché dans l’immobilier ça ne veut pas dire grand-chose. Le marché du sucre, OK, c’est un marché, on y vend un bien homogène en grandes quantité donc « le prix du sucre » (vendu en gros, s’entend), ça a un sens. Mais « le prix de l’immobilier » ? Le même appart que le mien l’étage au-dessus est déjà valorisé autrement que le mien. D’un immeuble à l’autre, on a en plus la proximité des commerces, des transports, des services publics qui change, sans compter l’état de l’immeuble.  Donc ce n’est pas vraiment un marché. Et ça, ça convainc ces roublardes de Parisiennes que sûrement, elles, elles arriveront à trouver le mouton à cinq pattes que personne d’autre ne trouve. Parce qu’elles ont un réseau underground de gardiens d’immeubles, des parents hauts fonctionnaires, un piston pour un HLM, la fiche de paie maquillée pour transformer un CDD à 1200€ en un CDI à 2600€, l’idée de passer une annonce « cherche appart » dans PAP.

Cette conviction, jointe à la difficulté de se loger, fait que les Parisiennes sont en recherche constante d’un nouvel appart, meilleur, moins cher, plus beau. Elles n’hésitent pas à déménager beaucoup plus souvent que le bon sens et le prix des dépôts de garantie jamais rendus ne le justifieraient. Parce que tu comprends, cette fois-ci, j’ai trouvé un appart de ouf !

 

Le Job : L’autre jour, dans une soirée, j’ai entendu un jeune cadre dynamique (visualisez un Sciences po à mèche qui travaille 14 heures par jour) dire : « C’est sympa d’être torturée et mystérieuse, mais nous [les hommes] on ne peut pas faire ça, on doit gagner notre vie ! » A sa décharge, la soirée était effectivement pleine de créatures minces et éthérées de 25 ans qui n’avaient jamais rien fait d’autre que des études, de préférence les plus abstraites possibles.

Cela étant, la Parisienne est en recherche constante de job. Ou de stage. Ou de CDD. Ou à la rigueur d’apprentissage. Deux aspirations contradictoires livrent une bataille féroce en elle : faire un travail intéressant qui utilisera ses connaissances de la poésie du XVIIIe siècle, et payer son loyer (voir plus haut : Appart). Les Parisiennes de 25 ans que je connais résolvent souvent ce dilemme en trouvant un stage à 400€ + tickets restau et 50% du Navigo en poésie du XVIIIe et des baby-sittings/petits boulots de vendeuse ou serveuse le week-end. Comment elles font pour s’acheter des sacs Jérôme Dreyfuss à ce régime-là, c’est un mystère qui m’échappe encore…

 

Le Mec : la Parisienne, qui est très douée pour se faire des noeuds au cerveau, est très douée aussi, par conséquent, pour trouver des hommes compliqués. Et leur pourrir la vie. Ou les laisser pourrir sa propre vie, en se promettant de les larguer mais pas avant leur avoir laissé une autre chance (comprendre : 3 mois supplémentaires à se disputer, dormir sur le canapé et pleurer sur les épaules des copines). Ou alors, elle trouve un jeune cadre dynamique comme celui cité plus haut, et au bout de trois semaines le harcèle parce qu’il travaille trop. La Parisienne en couple, qui lit trop les magazines féminins, en retire parfois l’idée que son revenu à elle (voir plus haut : Job) est de l’argent de poche amélioré, tandis que le revenu de son mec est l’argent du ménage et a donc vocation à payer les courses.

 

Le problème de l’Appart, du Job et du Mec, c’est que c’est comme le Triangle des incompatibilités de Mundell et Fleming : impossible théoriquement d’avoir les trois en même temps. D’où ce que je disais plus haut : hiérarchiser le triptyque n’a pas de sens. Chaque pointe du triangle est, à tour de rôle, la brûlante priorité de la Parisienne. Avec des combos possibles : rencontrer le mec au boulot ; déménager pour un nouveau job ; se faire larguer par celui chez qui on vivait, etc. C’est sans fin. Et l’une au moins des pointes du triangle fait partie à coup sûr de toute conversation avec une Parisienne…

 

Et moi là-dedans ? Je suis une Parisienne comme les autres :

L’Appart : appart de rêve trouvé. Enfin un vaste deux-pièces bien situé, bien refait, après un an et demi à vivre à deux dans 25m² meublés !

Le Job : toujours le même, depuis un peu plus d’un an. ça commence même à me plaire.

Le Mec : ça, c’est fait.

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Responses

  1. Le retour de Marie sur son blog !! Je suis contente de voir que tu écris toujours, c’est un trait de famille ? 😉

    Je te rejoins à 100% sur ta théorie, mais pas forcément sur tes conclusions. Parce que, dans le fond, un job, un toit, un mec, ça reste des « fondamentaux » de la vie. Tu as beau tout avoir, s’il te manque un des 3, tu as l’impression de manquer quelque chose, de ne pas avoir « réussi ».
    Le gros souci de la Parisienne, c’est qu’à Paris, ce sont trois marchés, si l’on peut dire, où l’offre est limitée. Les apparts sont très chers, les jobs sont rarement satisfaisant (la faute au marché du travail mais, surtout, à tous ceux qui préfèrent se ranger à l’opinion publique plutôt que d’assumer un job qui leur plaît), et les mecs… merci, mais ton Sciences Po à mèche qui fait ses 14 heures par jour, je trouve ça bof !!! Tu m’étonnes qu’il en manque toujours un sur les 3, avec ça, petite veinarde !
    Bref, entre cette insatisfaction chronique et des marchés difficiles, la Parisienne est dans de beaux draps !

    Pour reprendre la fin de ton article, j’hésite à en faire un à part entière (en modifiant un peu l’angle d’attaque), mais voici en quelques mots :
    Appart : check ! J’ai même réussi à décrocher une sorte de mouton à 5 pattes !
    Job : check aussi ! Et heureuse de ce que je fais, en plus.
    Mec : heu… on pourrait dire que la réussite des 2 premiers fait que c’est pas grave et qu’on pourrait presque s’en passer, mais en fait non. Let’s keep looking !!

    • Oh mais j’ai pas dit qu’il faisait envie, le Sciences po à mèche (du tout !)
      C’est juste que… la capacité de certaines — et de certains — à ne pas être satisfaits de leur lot sans pour autant se bouger pour mieux, ça me fascine.
      Après, je t’accorde que, des trois, le mec est le moins évident.

  2. Oh, cool, une nouvelle note:)
    Je dois pas connaître les mêmes parisiennes, parce que « les miennes » bossent toutes , et je ne crois pas que ce ne soit qu’argent de poche ! Mais c’est vrai que leur moyenne d’âge est plus proche de la trentaine que des 25…
    Par contre, pour la recherche d’appart, c’est effectivement the grand sujet à aborder avec parisiennes et parisiens.
    (la recherche du mec elle, me semble plus universellement féminime, Paris ou pas Paris)

    • Oh oui ! Mes collègues (un peu plus âgés que moi) ne parlent que de ça. Et eux, ils ont un pire horizon : l’achat d’appartement ! Argh !

  3. Bonjour à toutes. Et surtout à Marie, qhe je suis enchantée de lire de nouveau. Et, Julie, je vous attends aussi avec impatience : vous avez beaucoup teasé un nouveau blog.

    Plus sérieusement, envisagez-vous un peu le problème de Melle Pédezouilles Les Oies ? Bon, OK, elle aura un toit pour pas cher, mais sérieusement à Auxon, Rodez, Chateauroux, combien de jobs croyez-vous qu’elle va pouvoir trouver ? Et le choix des mecs, réduit au strict minimum aussi…

    La parisienne pourrait peut-être faire comme les autres femmes du reste du monde (Londres et NY excepté bien-sûr !) : rabattre ses prétentions au seul possible.

    En réalité, c’est ce que vous faites, Marie :
    – le Mec, nickel (et pour toujours, de ce point de vue, vous êtes mieux lotie que les autres)
    – le Job, vous avez fini par prendre ce qu’il y avait et comme vous avez bon temparément, vous vous faites au job au lieu d’attendre le job fait pour vous
    – l’appart, c’est pareil : vous l’avez quand même attendu et aujourd’hui, vous payez pour. Vous n’avez ni le chateau ni le loyer HLM…

    Bref, vous êtes dans la vie et non pas dans le rêve. Vous vivez aujourd’hui et non pas pour demain.

    C’est ça le bonheur, se satisfaire de ce qu’on a.

    • J’attends encore quelques jours pour en parler vraiment, mais vous pouvez (en avant-première) faire un tour sur blog.juliecoutton.com 😉

    • en même temps, je ne vais pas en dire du mal, de mon mari chéri… 😉


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